LPO Morbihan

Différencier les mésanges du Morbihan

dimanche 29 janvier 2017

Les mésanges sont les oiseaux les plus fréquents des jardins en France ; hiver comme été, au bord des mangeoires, dans les arbres, ces petites acrobates sont en général visibles et bien connues.

Avec leurs jolies couleurs et leur apparence sympathique, ce sont des oiseaux qui avaient pourtant assez mauvaise réputation, ce qui a donné leur nom : les mauvais anges. Chez les germains, elles étaient considérées comme oiseau de mauvais augure, comme l’engoulevent. Batailleuses, hargneuses et dominatrices, leur petite taille ne les empêche pas de faire la loi parmi les passereaux.

Sur les six espèces qu’il est possible d’apercevoir en Morbihan, seules deux voire trois sont vraiment connues. Nous vous proposons un petit tour d’horizon de ces espèces, avec quelques informations pour briller en société, ainsi qu’un petit guide pour accueillir toute cette petite faune toute l’année dans votre jardin.

Bleue

La mésange bleue (cyanistes caelureus)


Mésange bleue (cyanistes caelureus)
Crédit : Yves Thoron

A quoi ressemble-t-elle ? :

Comme ses noms l’indiquent (du cyan, le bleu), la mésange bleue se définit essentiellement par sa couleur ; sa calotte (dessus de la tête) est effectivement bleu clair. Ses joues sont blanches, surmontées d’un sourcil et d’un petit collier noir fin, comme le bec, également noir et fin. Son dos et la base des ailes est vert clair, moins visible. La queue et l’arrière de la tête sont du même bleu que la calotte. Son ventre lui, est jaune clair, et possède un petit trait noir sur fond blanc, qui ne remonte pas jusqu’en haut : ce détail ne doit pourtant pas la confondre avec la mésange charbonnière.

Comment se comporte-t-elle ? :

La mésange bleue est présente partout, toute l’année : haies, jardins, bosquets, forêts… elle apprécie davantage la cime et les hauteurs d’arbre que ses cousines mésanges. Elle cohabite très bien avec la charbonnière et la nonnette. C’est probablement la plus batailleuse de toutes les mésanges. En Morbihan, elle est nicheuse très fréquente et fait preuve d’une très bonne répartition.

Que mange-t-elle ? :

Son régime alimentaire est classique pour une mésange ; insectes, œufs, larves, vers, chenilles… elle déniche tout cela en hauteur, dans de petits trous ou sous des écorces fines, qu’elle atteint en jouant l’acrobate sur des brindilles. L’hiver, elle peut devenir granivore si la profusion de nourriture diminue ; elle redeviendra insectivore lors du nourrissage des petits au printemps. Elles sont également amatrices de fruits, notamment les pommes, qu’elles picorent à partir de l’automne.

Comment niche-t-elle ? :

La mésange bleue fabrique un nid fait de brindilles et garni de mousse. Le lit douillet sera agrémenté de crin et laine pour créer un espace confortable à la future progéniture, qui fait généralement une dizaine d’individus que la femelle couve seule. C’est un oiseau généralement exigeant pour nicher ; dans le trou d’un arbre ou d’un mur, elle aime qu’il soit discret, bien protégé, à l’abri de prédateurs potentiels… un nichoir bien orienté peut l’aider, ce que nous verrons dans le dernier onglet de cet article.

A retenir sur le terrain pour une identification rapide :
  • Calotte et couleur générale bleue
  • Ventre jaune
  • Joue aux acrobates dans les branches
Mésange bleue (cyanistes caelureus)
Crédit : Pierre-Damien Masson

Charbonnière

La mésange charbonnière (Parus major)


Mésange charbonnière (parus major)
Crédit : Yves Thoron

A quoi ressemble-t-elle ? :

Comme son nom latin l’indique « major », la mésange charbonnière est la plus grande des mésanges. Dotée d’une tête d’un noir intense comme le charbon, elle est donc appelée la mésange charbonnière. Les joues blanches sont un peu plus petites que chez la bleue. Le bec reste le même. Comme la bleue, le dos et la base alaire sont vert clair, peu visibles. Une caractéristique importante de la mésange charbonnière, c’est cette épaisse cravate noire sur le ventre jaune : reliant la tête jusqu’au bas du ventre, elle détermine le sexe de la mésange, car cette cravate est plus épaisse chez le mâle, plus fine chez la femelle. La queue est un mélange de noir et de gris-bleu.

Comment se comporte-t-elle ? :

Comme la bleue, elle est présente partout, toute l’année. Moins farouche que la bleue cependant, elle est moins batailleuse et vit plus bas dans les arbres. Elle est tout de même dominatrice et se montre facilement. En Morbihan, même si son nombre est légèrement inférieur à celui de la bleue, elle est tout de même une nicheuse très fréquente.

Que mange-t-elle ? :

Son régime alimentaire est semblable. Elle affectionne notamment tout particulièrement les chenilles ; vu le nombre d’aller-retours qu’elle peut faire sur une journée, elle est un allié naturel efficace, écologique et gratuit à la culture de beaux fruits dans les jardins.

Comment niche-t-elle ? :

Le nid est identique à celui de la bleue, elle pond un peu plus d’œufs. Les deux parents alternent les rôles entre couvaison et nourrissage : jusqu’à 1000 becquées par jour ! Ce sont d’infatigables travailleuses.

A retenir sur le terrain pour une identification rapide :
  • Tête noire avec deux joues blanches
  • Ventre jaune
  • Cravate sur toute la longueur du poitrail : large pour le mâle, fine pour la femelle
Mésange charbonnière femelle (parus major)
Crédit : Yves Thoron

Noire

La mésange noire (Periparus ater)


Mésange noire (periparus ater)
Crédit : Marielle Léchaux

A quoi ressemble-t-elle ? :

La mésange noire ressemble à la mésange charbonnière mais il ne faut pas s’y tromper ; la calotte ne fait pas le tour de la tête, les joues blanches sont plus larges. Elle ne possède pas de cravate sur le ventre, ni de couleur vive. Sous le bec qui est également fin et noir, une bavette (tâche noire en forme de bavoir) assez large, et moins nette que chez la nonnette. Mésange la plus sombre, le mâle et la femelle sont identiques.

Comment se comporte-t-elle ? :

La mésange noire fréquente surtout les conifères et les résineux, elles se regroupent en grand nombre durant l’hiver. Elle cache sa nourriture au sol sous des lichens, aiguilles, ou en haut des arbres sous des écorces ou dans de petits trous. Elle ressemble à la mésange charbonnière sur le plan du comportement, moins batailleuse que la bleue mais infatigable acrobate. Migratrices partielles, les individus présents en France redescendent légèrement pour trouver un peu de chaleur. En Morbihan, elle est observable d’où sa présence dans cet article. Son statut de nicheuse est cependant très incertain. Elle reste quand même rare et son observation exceptionnelle.

Que mange-t-elle ? :

La mésange noire est exclusivement insectivore, et l’intensité de ses prélèvements pendant la couvaison est très utile pour la régulation des insectes.

Comment niche-t-elle ? :

Elle fabrique des nids sommaires au sol, dans des petits trous, terriers, sous des racines sortant de terre, qui sont souvent détruits par les intempéries, ou de gros mammifères (parfois bipèdes) qui passent par là. Elle n’est pas très difficile, et la précarité de ses installations font souvent des couvaisons courtes ; par conséquent, les oisillons bénéficient d’un nourrissage quelques temps après la sortie du nid.

A retenir sur le terrain pour une identification rapide :
  • Tête noire (sans faire le tour)
  • Couleur générale sombre
  • Large bavette sous le bec

Nonnette

La mésange nonnette (poecile palustris)


Mésange nonnette (poecile palustris)
Crédit : Yves Thoron

A quoi ressemble-t-elle ? :

La mésange nonnette a une tête surmontée d’une calotte noire. C’est d’ailleurs ce qui lui a donné son nom (d’origine québécoise), « la petite nonne ». Les joues sont blanches, et elle a sous le bec, une petite bavette noire bien nette. Les ailes sont marron-gris uni, le ventre beige. Relativement simple à identifier, il faut cependant ne pas la confondre avec la mésange boréale (absente chez nous) et surtout de la fauvette à tête noire (plus grise et plus massive).

Comment se comporte-t-elle ? :

Contrairement à la fauvette, la mésange nonnette ne fréquente que très peu les jardins, ce qui peut être une piste de différenciation. Elle préfère les forêts de grands feuillus, moins les conifères comme ses cousines mésanges. Son nom latin de « palustris » a pour origine le fait qu’on peut souvent la trouver dans des marais boisés, ou des zones humides surmontées d’arbres. Oiseau très tranquille et peu batailleur, un couple est formé pour la vie et est inséparable. Comme la mésange noire, des regroupements hivernaux peuvent être observés, même avec d’autres espèces de mésanges. La mésange nonnette a souvent tendance à rester au même endroit toute sa vie, elle ne voyage qu’assez peu.

Que mange-t-elle ? :

Son régime alimentaire est assez varié, insectes, araignées, quelques graines et fruits à l’occasion.

Comment niche-t-elle ? :

La mésange nonnette ne fait qu’une nichée à l’année, avec assez peu d’œufs. Comme la noire, elle est peu exigeante pour faire son nid, mais aura davantage tendance à chercher une cavité.

A retenir sur le terrain pour une identification rapide :
  • Calotte noire sur le dessus de la tête
  • Petite bavette nette sous le bec
  • Ailes gris-marron
  • Ventre beige clair
Mésange nonnette (poecile palustris)
Crédit : Yves Thoron

Huppée

La mésange huppée (Parus cristatus)


Mésange huppée (parus cristatus)
Crédit : Yves Thoron

A quoi ressemble-t-elle ? :

De toutes les mésanges, la mésange huppée est probablement la plus bariolée, surtout au niveau de sa tête. Déjà, la présence de cette huppe la caractérisant fortement ; les petites plumes la formant sont blanches et mouchetées de stries noires. La tête est blanche et grise, avec un petit collier bordant le cou. Elle a également une petite bavette noire, comme la nonnette. Le reste du corps est identique à la nonette, ailes marron-gris, et un ventre beige clair. Mâle et femelle sont identiques.

Comment se comporte-t-elle ? :

Elle est peu farouche, mais est quasiment absente des jardins. Elle préfère les forêts de conifères et de résineux (voir article sur les sapins). Adepte de regroupements hivernaux entre mésanges huppées, elle n’est pas très voyageuse. La huppe a évidemment une fonction nuptiale, que le mâle exhibe de manière plus prononcée au début du printemps pour séduire la femelle.

Que mange-t-elle ? :

Exactement comme la mésange bleue, elle est insectivore au printemps pendant la couvaison, et granivore pendant la mauvaise saison : elle apprécie notamment les graines d’arbres à aiguilles, comme cité dans l’article sur les sapins.

Comment niche-t-elle ? :

La mésange huppée niche à découvert, ou dans du bois pourri facile à dégager. Elle fabrique un nid sommaire fait de mousse entassée et de poils. Elle a une couvaison courte avec peu d’œufs (6-7).

A retenir sur le terrain pour une identification rapide :
  • Huppe grise striée
  • Tête bariolée de gris clair et noir
  • Ailes gris-marron
  • Ventre beige clair
Mésange huppée sur un mélèze en hiver (parus cristatus)
Crédit : Yves Thoron

Longue queue

La mésange à longue queue (aegithalos caudatus)


Mésange à longue queue (aegithalos caudatus)
Crédit : Yves Thoron

A quoi ressemble-t-elle ? :

La mésange à longue queue est la seule mésange à ne pas être une paridé, mais une aegithalidé. Sa forme n’est pas la même, son comportement diffère également sur quelques points.
Sa caractéristique principale est évidemment celle qui a servi à la nommer, cette longue queue. Son nom latin la reconnaît par cette queue « cauda », qui sert à l’équilibre. Elle est plus ronde notamment au niveau de la tête, qui est noire avec un bandeau blanc épais dessus. L’arrière est noir, le dos ayant une bande rosée rappelant le poitrail rose strié, et une bande plus claire. Le tour de son œil est jaune-orange. Les ailes sont noires aux bords blancs.

Comment se comporte-t-elle ? :

Elle se balade souvent accompagnée de plusieurs congénères qui aiment sauter de branches en branches, ayant leur longue queue pour s’équilibrer. L’hiver, elle fait de grands regroupements, et fait fonctionner ses capacités sociales ; elle forme de petites sociétés très territoriales qui ne bougent pas beaucoup. Ces sociétés sont familiales, peuvent monter jusqu’à une quinzaine d’individus, sur plusieurs générations. La mésange à longue queue peut cohabiter avec d’autres mésanges et d’autres petits oiseaux, comme le roitelet. L’hiver, pour se réchauffer, il n’est pas rare d’en voir quelques-unes alignées et collées à la recherche de la chaleur des voisines.

Que mange-t-elle ? :

Son bec plus court mais plus épais ne l’empêche pas d’avoir le même régime alimentaire que les autres, composé d’insectes, œufs et larves, mais il lui sert à tirer sur l’écorce pour aller chercher des petits insectes cachés derrière. Vivant exclusivement dans les arbres, elle ne vit quasiment jamais au sol. Véritables acrobates, elles se balancent de branche en branche et traversent ainsi les arbres au rythme d’un petit cri caractéristique.

Comment niche-t-elle ? :

La mésange à longue queue est également une formidable architecte : elle construit son propre nid, complètement clos. Il est ovale et fermé, avec juste un trou latéral assez haut, pour éviter prédateurs et visiteurs. Haut de 20cm, et large de 15, la paroi de mousses et lichens tissés peut faire jusqu’à 2cm d’épaisseur et est très solide. Elle le recouvre d’écorces et de toiles d’araignées. La couleur du nid, quasiment de camouflage militaire sert aussi à sa dissimulation. La « chambre » aménagée de mousses, poils et plumes, peut accueillir jusqu’à une dizaine d’œufs.

A retenir sur le terrain pour une identification rapide :
  • Longue queue noire
  • Allure plus ronde
  • Tête noire avec bande blanche sur le dessus
  • Dos noir avec lignes blanche et rose
  • Poitrail rosé
Mésange à longue queue (aegithalos caudatus)
Crédit : Yves Thoron

Les accueillir

Accueillir des mésanges dans mon jardin :


Mésanges charbonnières (Parus major)
Crédit photo : Yves Thonnérieux / LPO.fr

Les nourrir l’hiver ? :

En cas de grand froid et gel prolongé, il est possible de proposer des graines (elles sont friandes de tournesol) dans des mangeoires à distributeur (non plates), ou des boules de graisses sans filet. Il ne faut pas oublier de mettre à disposition de l’eau à volonté. Des distributeurs anti-pigeons sont parfois préférables si vous en avez beaucoup, qui ont tendance à jouer les égoïstes.
Le nourrissage permet une meilleure résistance au froid en maintenant leur température interne de 41°c, ce qui entraîne moins de mortalité, et rend les oiseaux plus robustes faisant de meilleures nichées
Le nourrissage s’étend d’octobre à février, un arrêt progressif est souvent idéal pour éviter un choc alimentaire.
Si vous possédez des mangeoires plates, il est nécessaire de les nettoyer et de les désinfecter régulièrement (pour éviter la transmission des maladies, botulisme, gale…).

Les aider à nicher ? :

Les nichoirs peuvent être des abris précieux pour les mésanges cavernicoles (bleue et charbonnière dans nos jardins principalement). Un trou de 28mm pour la bleue, 32 pour la charbonnière. Il est important de bien le placer, plutôt en hauteur (environ 2-3m), dans un arbre de préférence même si cette condition n’est pas obligatoire, et d’orienter le trou vers le sud-sud-est, afin que le nid soit chaud le matin.
Il est possible de les vider à l’automne, mais en les remettant au même endroit, car ils peuvent servir d’abri hivernal, en cas de grand froid.
Si vous avez des chats, un grillage orné de feuillages ou ronces à la base de l’arbre devrait le dissuader de monter. Une petite clochette l’empêchera d’être discret et préviendra ses amis à plumes de la ruse létale qu’il est en train d’élaborer secrètement. Un nichoir « à balcon » est également une solution efficace, c’est à dire un nichoir avec une plateforme entre le trou d’entrée et le fond, permet à l’oiseau de se poser et sortir la tête avant l’envol afin de vérifier si Monsieur Chat n’est pas dans le coin, et évite aux pattes de ce dernier d’aller fouiller au fond pour embêter les oisillons.

Sortie d’un nichoir balcon d’une mésange bleue juvénile (cyanistes caelureus)
Crédit : Yves Thoron

Merci à Yves Thoron pour ses photos et précieux conseils.
Merci à Marielle Léchaux pour ses photos (Oiseaux du Golfe du Morbihan).
Merci à Pierre-Damien Masson pour ses photos (Pierre-Damien photos).

Maxime Oillaux

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