LPO Morbihan

Hérons, aigrettes : des longs becs en Morbihan

mardi 6 février 2018

Le héron fait partie de ces oiseaux très courants et connus de tous, mais aussi victime de préjugés et d’idées-reçues. Or, il faut savoir d’emblée qu’il n’existe pas qu’un seul héron : en effet, il fait partie de la grande famille des ardéidés, regroupant les différents hérons et les aigrettes. En effet, en Morbihan, on dénombre pas moins de sept ou huit espèces d’ardéidés, dont certaines sont très courantes. Bien sûr, le très classique héron cendré fait figure de star, mais nous aborderons dans cet article ses cousines aigrettes, que l’on peut observer régulièrement dans notre département.

Tous les ardéidés ont pour point commun d’être familiers des zones humides ; leur morphologie est adaptée à ce type de milieux avec leurs hautes pattes et leur long cou, leur bec est adapté à la nourriture de ces milieux, long et effilé, très efficace pour harponner poissons ou anguilles.

Le héron (cendré surtout) est souvent présenté comme un oiseau solitaire : c’est en partie vrai car il est très souvent observé seul. Mais il faut noter quand même que la famille des ardéidés est une famille d’oiseaux très grégaires. Ils peuvent former des colonies de plusieurs individus, de taille variable. Le héron garde-boeufs est celui qui s’observe dans les plus grands groupes dans notre département pouvant dépasser la centaine d’individus. Mais il en est de même pour les autres espèces. D’ailleurs, plusieurs espèces peuvent aussi cohabiter : il n’est pas rare de voir le héron cendré en compagnie d’aigrettes garzettes ou de grandes aigrettes, notamment en dortoirs. Les groupements qu’ils forment pour la nidification s’appellent des héronnières.

Héron cendré

Héron cendré (ardea cinerea)

Caractéristiques physiques :

Le héron cendré est le plus connu de tous, c’est le plus courant. Il est facilement reconnaissable grâce à son long cou au-dessus d’un corps bossu, ses grandes pattes, et son bec long comme un poignard, jaune clair en hiver, orange-rose en été. Le héron cendré est, comme son nom l’indique, de couleur majoritairement grise : mais, il est bien plus coloré que ce que l’on peut croire. En effet, en période nuptiale, il se teinte d’un gris-violacé sur une bonne partie de son corps, tandis que le bec, le tour d’oeil et les pattes deviennent orangés. Les ailes ont elles une large bande noire sur le bord avant, tandis qu’elles ont aussi des plumes tombantes. Ces plumes tombantes, on les retrouve sur la poitrine, à la base du cou : elles sont de couleur blanche et souvent visibles de loin, surtout en période nuptiale. Le cou est blanc avec une petite cravate noire en chevrons. La tête est blanche, surmontée d’un bandeau noir au dessus de l’oeil, continué jusqu’à l’arrière de la tête, et terminé par une fine plume tombante dans sa nuque. Cette fine huppe est une des caractéristique de certains ardéidés : l’aigrette garzette notamment. Les jeunes sont gris terne, sans variations de couleur ni longues plumes.

Héron cendré (ardea cinerea)
Comportement :

Le héron cendré peut avoir un comportement très variable : il peut être pêcheur actif en harponnant avec plus ou moins de succès sans relâche ou bien dormeur apathique, la tête rentrée dans le corps, sur une seule patte. Il n’est pas un grand planeur ni voleur : au décollage, il a une allure très lourde, avec de puissants coups d’ailes. Il plane peu, et ne reste jamais très longtemps en l’air. Côté nidification, le héron fait un nid en hauteur, dans des arbres ou des gros buissons, structuré par des branchages et des tiges de végétaux rigides qu’il construit vers février/mars. Ils font très souvent leur nid au milieu d’une colonie, à grandeur variable : de quelques individus à plusieurs dizaines. Le héron cendré se nourrit de poissons, anguilles, amphibiens, mais aussi de petits mammifères comme les rongeurs. Il se déplace lentement sur ses pattes et donnera un coup de cou puissant en l’allongeant au maximum pour venir harponner sa proie avec son long bec.

Héron cendré (ardea cinerea)
A retenir sur le terrain pour une identification rapide :
  • Oiseau à long cou, long bec, se déplaçant lentement en zones humides
  • Bec orangé, corps gris
  • Ventre et cou blancs
  • Tâches foncées sur la tête, le long du cou et sur la queue

Héron garde-bœufs

Héron garde-bœufs (bubulcus ibis)

Le héron garde-bœufs est une espèce récente par chez nous. Le Guide des hérons du monde paru chez Delachaux et Nestlé en 1989 ne le mentionne même pas en France. Ces dernières années, on constate une croissance exponentielle des effectifs. C’est maintenant un oiseau fréquent de nos milieux morbihannais.

Caractéristiques physiques :

Le héron garde-bœufs est le plus petit de cette série : ne dépassant jamais 60cm, c’est surtout l’absence de long cou qui sera déterminante à l’observation. Outre sa petite taille et son allure un peu ramassée, il est surtout blanc, comme la grande aigrette et la garzette. Mais pas de confusion : l’allure générale permettra une identification certaine. De plus pendant la période nuptiale, les longues plumes de parade sur le dos, la poitrine et l’arrière de la tête se teintent de roux, ce qui en fait sa spécificité : il n’y a pas de roux chez les autres hérons de chez nous. Le bec est orange, assez court. Les pattes sont foncées l’hiver, orangées en période nuptiale.

Héron garde-boeufs (bubulcus ibis) en plumage nutpial


Hérons garde-boeufs (bubulcus ibis), perchés en groupe
Comportement :

Le héron garde-bœufs est un peu original pour un héron : contrairement aux autres, il préfère les zones plus sèches, comme les champs ou les pelouses. Ce n’est qu’aux périodes nuptiales qu’il va se rapprocher des roselières ou des marais. De même, contrairement aux autres espèces de cet article, il ne fréquente pas les zones marines, il est donc absent des estrans ou des marais salants. Son nom “garde-bœufs” vient du fait qu’il a bien compris comment se nourrir : en effet, il suit les bovins (ou autre gros mammifères, en général du bétail) pour accroître ses chances de trouver de la nourriture. Il va, contrairement à ses cousins, chasser sa nourriture au pas de course. Nourriture qui d’ailleurs, diffère : elle se compose d’insectes, sauterelles ou criquets, papillons, libellules. Les gros mammifères, dans leurs déplacements, dérangent ces insectes qui vont sortir de leur cachette, et se retrouver prisonnier du bec du petit héron blanc. Bien sûr, il va aussi manger des amphibiens, serpents ou petits mammifères mais avec moins d’appétit et ces animaux ne représentent qu’une faible partie de l’alimentation générale du héron garde-bœufs. Pour le nid de cet oiseau, mis à part le fait qu’il est plus petit, c’est la même structure et les mêmes habitudes : une plateforme de branches et brindilles, dans un gros buisson ou un arbre près d’une zone humide.

Hérons garde-boeufs (bubulcus ibis) en groupe au milieu de bovins
A retenir sur le terrain pour une identification rapide :
  • Petit héron blanc des zones humides ou des champs
  • Bec orange
  • Tête, dos et poitrine orangées en période nuptiale
  • Souvent en compagnie des bovins

Aigrette garzette

Aigrette garzette (egretta garzetta)

L’aigrette garzette est avec le héron cendré, l’oiseau le plus courant des estrans. Inratable de par sa taille et sa couleur, elle n’était pas si fréquente il y a quelques décennies. Son expansion territoriale l’a classée dans les oiseaux très courants de notre région.

Caractéristiques physiques :

L’aigrette garzette est probablement la plus courante sur les estrans et les marais, surtout en Morbihan. Souvent en compagnie du héron cendré, elle s’en différencie de par sa couleur, totalement blanche. Il ne faut pas la confondre avec la grande aigrette : en effet, l’aigrette garzette est plus petite (60cm), le cou moins long. Son bec est noir, ainsi que ses pattes : en réalité ses jambes sont noires, parce que ses pieds, eux, sont jaunes ! Et oui, cette caractéristique n’est pas souvent remarquée, et pourtant, ses pieds sont jaunes, ce qui en fait, à coup sûr, une aigrette garzette. Côté plumage, en période nuptiale, elle aussi se pare de longues plumes effilées ; sur le dos, pendant sur l’arrière, sur le bas du cou, pendant sur la poitrine, et une plume ornementale sur l’arrière de la tête, le long de la nuque.

Aigrette garzette (egretta garzetta) : on peut voir ses pieds jaunes au bout de ses pattes noires


Aigrette garzette (egretta garzetta) : ici la plume ornementale à l’arrière de la tête est visible
Comportement :

L’aigrette garzette passe une bonne partie de son temps dans les milieux humides, comme tous les autres hérons ; prairies inondées, estrans, étangs, ruisseaux etc.. Côté nidification, l’aigrette est moins exigeante que ses cousins ; le nid est plus petit, ressemble à une plateforme comme une cigogne mais en bien moins épais. Elle peut nicher sur un rocher, au sol (sec) dans un marais salant, dans un buisson, dans un arbre… La garzette est la plus agressive : il n’est pas rare de la voir chasser un autre oiseau en courant sur lui , les ailes écartées, pour défendre âprement son territoire.

Aigrette garzette (egretta garzetta)
A retenir sur le terrain pour une identification rapide :
  • Oiseau très fréquent dans les marais et estrans
  • Héron blanc au long cou
  • Bec et pattes noires
  • Pieds jaunes

Grande aigrette

Grande aigrette (ardea alba)

La grande aigrette est moins connue : souvent confondue avec l’aigrette garzette ou prise pour un héron albinos, c’est surtout sa rareté qui contraint sa célébrité. Mais, de plus en plus, la grande aigrette vient habiter notre département, ce qui en fera un oiseau commun d’ici à quelques années, comme l’aigrette garzette et le héron garde-bœufs.

Caractéristiques physiques :

La grande aigrette est le plus grand des ardéidés de chez nous : déployée, elle peut atteindre un mètre de haut. Elle est entièrement blanche, sans aspérité ; ses pattes sont noires comme sa cousine garzette mais pour elle, le noir s’étend jusqu’aux doigts. Le bec est jaune, avec la base verte jusqu’à l’oeil et la pointe noircie. Son très long cou est souvent plié en forme de “S” à tel point qu’on peut avoir l’impression qu’il est en deux parties. La grande aigrette est très majestueuse et élégante dans ses mouvements, tant au décollage qu’à l’atterrissage. En période nuptiale, elle se pare de longues plumes effilées sur le dos et les ailes, mais pas à l’arrière de la tête, contrairement au héron cendré, au héron garde-boeufs ou à l’aigrette garzette.

Grande aigrette (ardea alba)
Comportement :

La grande aigrette fréquente des milieux variés mais toujours humides : marais, estrans, prairies humides, rivières, étangs etc.. En cas de mauvais temps comme souvent en décembre-janvier dans le Morbihan, il n’est pas rare de l’apercevoir dans les champs et dans les terres. Souvent seule, elle apprécie tout aussi bien les groupes : ses habitudes ne sont pas très marquées, si bien qu’il est possible d’en voir quelques dizaines au même endroit. Elle passe la majeure partie de son temps à chasser (ou pêcher !) : en fait, elle reste à l’affût regardant dans l’eau en marchant très lentement. Au moindre poisson ou à la moindre anguille qui tente de passer, elle déploie son cou très rapidement et harponne le malheureux. Côté nidification, elle fait le même nid que le héron cendré, soit dans une roselière, un gros buisson ou un arbre (souvent des saules), structuré par des branches sèches et garni de brindilles plus fines.

Grande aigrette (ardea alba), guettant l’eau
A retenir sur le terrain pour une identification rapide :
  • Grand héron blanc
  • Long cou en forme de « s »
  • Bec orange
  • Pattes claires

Autres espèces :

Ces quatre espèces sont les plus courantes de la famille des ardéidés de notre département. Il faut noter quelques visiteurs qui restent rares, parmi lesquels le héron pourpré (ardea purpurea), très ressemblant au héron cendré mais plus orangé- roux sur le cou, les flancs et le dessous des ailes. Il fréquente les marais de Suscinio, Rieux ou les pannes dunaires d’Erdeven.

Héron pourpré (ardea purpurea)

Il est aussi possible de voir le bihoreau gris (nycticorax nycticorax), petit chasseur nocturne visible dans les marais à Suscinio, Rieux ou Guidel.

Enfin, le butor étoilé (botaurus stellaris), héron court mais trapu, aux couleurs des roselières, avec un chant envoûtant, que l’on peut apercevoir (hiver surtout) à Ploemeur ou Rieux.

Butor étoilé (botaurus stellaris) dans une roselière

Pour l’instant, ces espèces ne sont pas nicheuses dans le département, mais leur expansion peut se produire dans les années à venir, à partir des sites de reproduction connus, entre Loire et Vilaine notamment, comme cela s’est déjà produit pour les aigrettes et garde-bœufs par exemple.

Merci à Yves Thoron pour ses photos et corrections.

Maxime Oillaux

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