LPO Morbihan

Les hirondelles et martinets font-ils le printemps ?

jeudi 23 mars 2017

Le proverbe bien connu vient du premier livre de l’Éthique à Nicomaque d’Aristote, philosophe grec du IVème siècle avant notre ère, “une hirondelle ne fait pas le printemps”, voulait illustrer un argument appelant à ne pas se fier à des indices trop faibles pour affirmer quoi que ce soit. Alors, est-ce qu’Aristote, grand zoologue s’il en est, avait raison sur ce point ? Ou, au contraire, l’arrivée des hirondelles signifie-t-elle que le printemps est là ?

Même s’il est difficile de répondre catégoriquement, il y a bien une corrélation entre le printemps et les hirondelles. Cette année 2017 par exemple, les premières ont été aperçues en Bretagne début mars, allant jusqu’à une dizaine d’observation par jour le 15 mars : elles sont de retour !

Mais finalement, qu’est-ce qu’une hirondelle ? N’y a-t-il qu’une espèce d’hirondelle ? Cet article vous aidera à y voir plus clair et à distinguer les différentes hirondelles présentes chez nous en Morbihan. Nous parlerons aussi d’un autre oiseau, souvent pris à tort pour une hirondelle à cause de sa ressemblance : le martinet noir. Nous évoquerons également les nids et la problématique qu’ils peuvent parfois causer.

L’hirondelle rustique

Les hirondelles tiennent leur nom de leur vol arrondi en arabesques. Le mot hirondelle vient du mot latin “hirundo” mais a été francisé par la Langue d’Oc. Elles sont le signe du printemps chez nous, mais l’hirondelle représente la fécondité en Chine, la résurrection en Egypte. En Morbihan, nous avons trois espèces : l’hirondelle rustique, de fenêtre et de rivage.

L’hirondelle rustique (hirundo rustica)

Groupe d’hirondelles rustiques sur un fil
Crédit : Yves Thoron

L’hirondelle rustique, anciennement appelée hirondelle de cheminée, est un oiseau très présent en France. Son nom rustica, vient du fait de sa présence surtout en campagne. Espèce migratrice et passant nos hivers au sud du Sahara, l’hirondelle rustique annonce l’arrivée du printemps quand elle revient chez nous. Cette année, les premières ont été aperçues début mars, avant que les colonies ne reviennent pour nicher.

Cette hirondelle se différencie par cette gorge-rouge brique reconnaissable quand elle est posée. En vol, elle se caractérise par les longs filets de sa queue échancrée (moins longs chez la femelle). Ces filets sont un signe de robustesse chez le mâle, critère de sélection du partenaire pour la femelle. Son dos et le dessus de ses ailes sont bleu foncé (ardoisé). Son ventre est blanc cassé, tirant sur le roux. Elle fait environ 20cm de long, pour 35cm d’envergure environ.

Elle est insectivore, son bec large et plat s’ouvre très grand : ainsi, elle peut gober des insectes en vol. Des grosses mouches jusqu’aux guêpes, l’hirondelle est habile et les pourchasse les soirs d’été en volant entre 2 et 10m du sol.

Jeunes hirondelles rustiques
Crédit : Philippe Berger

L’hirondelle rustique est présente partout en France, tant qu’elle trouve de quoi nicher. En effet, un couple va chercher une grange, un bâtiment agricole, un garage etc… elle fera son nid d’une vingtaine de centimètres de large, en demi bol le long d’une poutre, à 2-3m de haut. Le nid, très caractéristique, est un amas de boules de boue mâchées, le plus souvent par la femelle, consolidé par de la paille et des brindilles. La construction nécessite un millier d’aller-retours environ. Dans ce nid, seront pondus et couvés 4 à 5 oeufs.

Elle est très présente partout en France ; même si la tendance générale à la baisse de ses effectifs est moins marquée en Bretagne, il faut tout de même veiller à sa conservation en faisant preuve de la plus grande vigilance quant à sa nidification, soit en l’aidant à nicher (voir « les nids ») soit en sensibilisant votre entourage sur la prévention des destructions. C’est une espèce territoriale qui ne forme pas de colonie pour nicher, au contraire de l’hirondelle de fenêtre.

Hirondelle rustique
Crédit : Yves Thoron
A retenir sur le terrain pour une identification rapide :
  • Oiseau foncé/bleuté, poitrine blanc cassé, gorge rouge
  • Longs filets sur la queue (courts = femelle)
  • Vol bas, rapide, slaloms et poursuites
  • Nids souvent dans des bâtiments, ajourés en haut

L’hirondelle de fenêtre

L’hirondelle de fenêtre (delichon urbica)

Hirondelle de fenêtre en vol
Crédit : Omar Runolfsson (libre)

L’hirondelle de fenêtre est la deuxième espèce la plus courante en France. Présente partout même si elle peut être en moins grand nombre que l’hirondelle rustique. Elle tient son nom latin urbica, du fait de sa présence dans les villes. Migratrice plus tardive, elle revient entre avril et mai en France pour nicher.

L’hirondelle de fenêtre est plus petite, 15cm de long pour moins de 30cm d’envergure. Elle se caractérise par cette face du dessous très blanche. Le dessus est bleu foncé à part le croupion blanc, et a une queue échancrée, mais sans filets.

Collecte au sol d’un groupe d’hirondelles de fenêtres
Crédit : Yves Thoron

Elle est également insectivore comme l’hirondelle rustique, mais a tendance à chasser des insectes plus petits.

L’hirondelle de fenêtre porte son nom de l’endroit qu’elle cherche pour nicher ; en effet, elle niche beaucoup dans les villes, sous les fenêtres ou sous les toits, sans rentrer dans les bâtiments. Le nid, comme celui de la rustique, est un demi bol fait de boules de boue mâchées. Il est collé par le haut au rebord de fenêtre ou de toit, et possède une petite ouverture à cet endroit. Elle niche en colonie si bien que c’est souvent plusieurs nids que l’on peut voir, dans les villes, collés les uns aux autres sous les toits. Elles sont très sociables et s’entraident tant à la fabrication des nids, qu’au nourrissage des oisillons, ou qu’à la défense du territoire.

A retenir sur le terrain pour une identification rapide :
  • Oiseau foncé/bleuté, ventre et croupion blancs
  • Queue légèrement échancrée, sans filets
  • Vol bas, rapide, slaloms et poursuites
  • Nid souvent en extérieur, sous un rebord, collé à celui-ci avec une ouverture en-haut

L’hirondelle de rivage

L’hirondelle de rivage (hirundo riparia)

Hirondelle de rivage à l’entrée de son nid caractéristique
Crédit : Philippe Berger

L’hirondelle de rivage est l’espèce sans doute la moins connue des hirondelles présentes chez nous. Ses effectifs sont beaucoup moins importants, et sa répartition plus disparate. Depuis une dizaine d’années, est elle même en déclin. Ce qui n’empêche pas d’en voir fréquemment par chez nous, notamment sur les côtes morbihannaises ou finistériennes.

C’est la seule hirondelle avec cette couleur marron-brun. Sa tête, son dos et ses ailes ont ce brun clair, son ventre et son cou sont blancs, ce qui lui sert à se dissimuler, notamment sur un fond sableux.

En effet, son nom latin riparia, signifie “rebord” ou “rivage”. Elle fréquente les zones sablées et pour cause, c’est son lieu de nidification de prédilection. Elle va chercher une dune, un talus de sable, pour y creuser un trou de 80cm en long (un couloir), puis une cavité (chambre), peu profonde et ronde, où elle fabriquera un nid de quelques branches et de paille, afin d’y déposer ses 4-5 oeufs bien blancs. Elle niche parfois en grandes colonies.

Elle a le même régime alimentaire que sa cousine l’hirondelle de fenêtre, c’est-à-dire de petits insectes volants, qu’elle pourchasse souvent le soir.

A retenir sur le terrain pour une identification rapide :
  • Oiseau brun clair, ventre blanc
  • Queue légèrement échancrée, sans filets
  • Vol bas, rapide, slaloms et poursuites
  • Nid dans du sable, visible par un petit trou d’entrée de moins de 10cm

Les nids

Les nids : informations et solutions

Nid d’hirondelles de fenêtre, avec petite installation afin de collecter les fientes
Crédit : Yves Thoron

Les hirondelles peuvent être menacées par deux facteurs importants ; perte de l’habitat et destructions des nids, ainsi que par la raréfaction de la nourriture (dûe notamment aux insecticides).
Les nids d’hirondelles sont strictement protégés par la loi. Les détruire est passible d’une infraction au titre de l’article L411-1 du code de l’environnement. Cependant, des dérogations peuvent exister dans le cadre de travaux par exemple, sur autorisation de destruction délivrée par les DDTM. Pour plus d’informations, contactez-nous sur morbihan@lpo.fr.
Pour éviter les salissures des murs (dûes aux fientes surtout), il est conseillé de placer une protection à une distance d’au moins 15-20cm sous le nid : une simple planchette de bois fixée avec des pattes-fiches, ou une boîte rectangulaire, voire même une gouttière (coupée à la bonne longueur), si plusieurs nids sont construits côte-à-côte, ce qui est souvent le cas pour l’hirondelle de fenêtre.

Le martinet noir

Martinet noir (Apus apus)

Marinet noir en vol
Crédit : Artigas

Cet oiseau, moins connu et souvent pris à tort pour une hirondelle, fait partie de la famille des apodidés (sans pieds). Son nom “martinet” est lui d’une origine méconnue, peut-être de Saint-Martin, protégeant et arrachant des griffes du diable cet oiseau noir mystérieux associé au diable et au malheur qu’il pouvait amener en nichant sur une maison.

En France, le martinet noir doit son nom à sa couleur ; il est noir, ou plus précisément sombre. Mais, pas entièrement car sa gorge est plus claire (blanc-sale). A vrai dire, ses couleurs ne sont pas l’élément déterminant de son identification ; en effet, on ne le voit qu’assez peu de près. En revanche, sa forme est facilement repérable : une tête courte, voire même ramassée, épaisse, sans cou, et une queue échancrée sans véritables filets. C’est surtout la forme que prennent ses ailes qui fera la différence. Le martinet noir ressemble en effet à une faucille avec ces ailes tendues lorsqu’il plane en vol. Il mesure entre 15 et 20cm de long, et jusqu’à 45cm environ d’envergure. Il n’a quasiment pas de pattes, mais de grands pieds surmontés de griffes pour s’accrocher aux murs. Cette caractéristique physique va déterminer son comportement.

En effet, le martinet, est, au sol, trop proche du plancher pour pouvoir reprendre son envol. Ses longues ailes le gênent, et à moins de se lancer dans le vide ou de se propulser par un autre moyen, il ne pourra pas décoller. C’est pour cela qu’il reste constamment en vol. Il mange en vol, comme les hirondelles, en pourchassant des insectes. Il dort également en vol, en montant à haute altitude le soir, et se laisse planer en dessinant des grands cercles et en suivant les courants d’air chaud pour ne pas descendre trop rapidement. Il met en veille une moitié de son cerveau pour une partie de la nuit, et fera reposer l’autre hémisphère avant le lever du jour.

Le martinet fait tout en vol, et c’est bien là sa caractéristique. Il ne prend contact avec la terre ferme que pour nicher ; il cherchera une cavité (falaises, grands murs de pierre, châteaux, rochers, églises) située en hauteur. Le couple aménage l’endroit choisi avec des brindilles, feuilles récupérées au gré du vent, et même parfois de morceaux de ficelle ou de plastique qui sont retrouvés dans ces petits nids. Pour repartir du nid, les martinets s’élancent dans le vide. Le martinet noir pondra peu d’oeufs, entre 1 et 3.

Martinet noir en vol
Crédit : Artigas

Les martinets qui ont une population constante en France, ont une répartition équitable en Bretagne. Présents partout, ils sont nicheurs dans les villes, notamment dans les remparts de Vannes, où vous pouvez les voir effectuer de nombreux aller-retours dans la journée ou en soirée. Ils vivent en colonie plus ou moins grandes, allant de quelques couples à plus de 400 dans le centre de Guingamp, recensés en 1998 (source : Atlas des oiseaux nicheurs de Bretagne). Ils reviendront de leur hiver africain entre mi-avril et début mai, et repartiront début août, donc avant les hirondelles, ce qui constitue somme toute un séjour assez court pour un si long voyage. Tendez l’oreille, les soirs d’été, il est fréquent d’entendre les concerts de “srîîîî-srîîîî” longs et suraigus qu’ils crient en se poursuivant à grande vitesse dans les rues de nos villes et de nos bourgades !

A retenir sur le terrain pour une identification rapide :
  • Oiseau foncé, gorge claire
  • Oiseau en forme de faucille
  • Plane haut dans le ciel en lançant des cris stridents

Merci à Yves Thoron pour ses conseils.
Merci aux photographes Philippe Berger, Yves Thoron.

Maxime Oillaux

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