LPO Morbihan

Mouettes & goélands : les laridés font danser le Morbihan

lundi 21 novembre 2016

Si vous n’êtes pas morbihannais ou amateur de culture bretonne, le subtil jeu de mot du titre vous aura probablement échappé : en effet, les laridés sont une danse traditionnelle du pays vannetais et du sud-Morbihan, mais c’est aussi une famille d’oiseaux. Si l’un vient des chansons du terroir « laridon, laridondaine », l’autre vient du grec « laros » qui signifie « mouette ».
Cette famille regroupe les mouettes et goélands (larinae), mais aussi sternes et guifettes (sternae), qui feront l’objet d’un article ultérieur.

Parmi les mouettes et goélands observables en France, seul un nombre restreint sera développé ici ; ceux qui sont les plus courants en Morbihan. Les erratiques feront l’objet d’une simple citation à titre d’observation possible mais très exceptionnelle.

Goélands

Du breton gwelan signifiant « oiseau qui pleure » à cause de son cri, le temps a donné le français « goéland ». Oiseaux célèbres du littoral, les goélands sont des oiseaux assez gros, avec un corps fort, un tête large et un gros bec puissant. Le bec souvent jaune, les pattes souvent claires, ils se différencient assez bien de leurs cousines mouettes. Voici une présentation des goélands observables chez nous.

Goéland argenté (larus argentatus)

En majeure partie blanc sur la tête et le ventre, le goéland argenté tient son nom de la couleur du dessus de ses ailes. Au sol, de chaque côté, les ailes forment une zone grise claire, comme l’argent. L’extrémité des ailes est noire avec quelques petites taches blanches. Les pattes du goéland argenté sont roses pâles et le bec est jaune vif, avec une petite tache rouge au bout de la mandibule inférieure. Cette boule sert aux oisillons qui taperont dessus pour demander aux parents de régurgiter de la nourriture.

Le goéland argenté se nourrit de poissons, mollusques, crustacés, vers de terre, oisillons… il est omnivore et a un régime alimentaire variable et adaptable. Il fait un nid à plat au sol, avec des branches, tiges sèches ou algues, où la femelle (identique au mâle) y pondra 2-3 œufs. Les jeunes sont très gris, et n’ont pas encore les couleurs caractéristiques de l’espèce : sur des individus de la deuxième année, des taches grises sont encore visibles sur le plumage quasi-définitif.
Le goéland argenté s’est développé par la profusion de nourriture à disposition dans les villes, où il a commencé à nicher dans les années 1970 à Saint-Malo. Depuis, beaucoup de villes du littoral breton, surtout morbihannais, accueillent de grandes colonies de goélands argentés. Les effectifs sont cependant menacés par la compétition avec le goéland brun, et la prédation du marin. D’autres facteurs entrent aussi en compte, comme la fermeture des décharges collectives à ciel ouvert, la meilleure gestion des déchets, la modernisation de la pêche, l’éradication en ville…

JPEG - 6.9 Mo
Goéland argenté adulte
Crédit : Maxime Oillaux

Les jeunes goélands sont à dominante grise, d’où leur surnom de « grisard », le bec souvent noirci, le ventre et le cou tachetés. S’il est facile de repérer un goéland immature au milieu d’adultes, il est souvent laborieux d’identifier correctement un jeune, les couleurs des becs, ailes et pattes n’étant pas les mêmes que les adultes.

JPEG - 142.8 ko
Jeune goéland argenté
Crédit : Pierre-Damien Masson
A retenir sur le terrain pour une identification rapide :
  • Bec jaune vif et tache rouge
  • Ailes d’un gris clair
  • Points blancs sur le bout des ailes
  • Pattes roses pâles

Goéland brun (larus fuscus)

Le goéland brun ressemble pour beaucoup à son cousin le goéland argenté. A la différence près que les ailes ne sont plus argentées, mais d’un gris foncé ardoise. Le bout des ailes est noir, avec les taches blanches. Outre le fait qu’il est un peu plus gros, le bec est toujours jaune, avec la tache ; cependant, les pattes sont d’un jaune vif voire orangé comme le bec.

Le régime alimentaire du goéland brun est quasi-identique à celui de l’argenté. Des poissons, petits mammifères, mollusques, œufs, algues, mais parfois aussi de charognes.
La plupart des effectifs français sont bretons : en effet, 95% des goélands bruns français sont en Bretagne. Ils sont observables toute l’année sur nos côtes, surtout depuis une dizaine d’année. En expansion, même s’il n’a pas encore conquis les villes du littoral ; il aime rester sur les îlots près de l’océan.
Son nid est souvent sur l’un de ces îlots, relativement bas, plat et recouvert de végétation ; mais parfois aussi dans les terres où des nicheurs sont observés.

JPEG - 2.7 Mo
Goéland brun
Crédit : Marielle Lechaux
A retenir sur le terrain pour une identification rapide :
  • Bec jaune vif et tache rouge
  • Ailes d’un gris ardoise
  • Bout des ailes noir uni
  • Pattes d’un jaune vif, voire orangé (comme le bec)

Goéland marin (larus marinus)

Le goéland marin est le plus grand des laridés, qui peut faire jusqu’à 1,70m d’envergure. Ses ailes sont d’un gris très foncé, quasiment noires. Sa tête forte, et son ventre sont blancs comme les deux autres ; le bout des ailes est d’un noir plus intense, avec des petites taches blanches, comme l’argenté, au contraire du brun. Le bec est également jaune avec une tache rouge, mais moins vif ; en effet il est un peu plus pâle et peut même paraître rosé. Plus gros et épais, le bec est aussi moins lisse et plus crochu. Les pattes du goéland marin sont roses très pâles. Son battement d’aile est plus lent que les deux autres, mais plus puissant.

Un tiers des effectifs mondiaux habite en Norvège (50.000). En Bretagne, on en compte environ 15.000 hivernants (les premiers ont été aperçus par la LPO dans la réserve des Sept-Iles en 1925).
Grand prédateur d’autres oiseaux marins, poussins, œufs, petits mammifères, les goélands marins bretons sont moins dépendants des activités humaines qui produisent des déchets que les deux autres goélands, argenté et brun. Il reste plus en retrait, vers les îles, îlots côtiers… il affectionne les falaises, où il peut parfois vivre en grande colonie. Une grande communauté se trouve à Ouessant, et dans le Finistère en général. Les Côtes d’Armor en comptent aussi beaucoup, mais le Morbihan, n’a pas encore été conquis complètement par ce grand prédateur. Ces dernières années cependant, des groupes de plus en plus importants ont été observés à Pénestin, dans le Golfe, dans la ria d’Etel, à Quiberon et à Lorient.

JPEG - 125.2 ko
Goéland marin (avec son jeune)
Crédit : Pierre-Damien Masson
A retenir sur le terrain pour une identification rapide :
  • Bec jaune/rosé pâle et irrégulier, plus crochu
  • Ailes d’un gris très foncé
  • Points blancs sur le bout des ailes
  • Pattes roses très pâles
  • Oiseau très gros, cou épais

Goéland leucophée (larus michahellis)

Le goéland leucophée ressemble à l’argenté de par la couleur des ailes. Mais il est plus gros, le cou est plus long, et la tête plus carrée. Si ces indices ne sont pas très évidents à l’observation, la couleur des pattes fera trancher : elles sont d’un jaune vif. Son bec est également plus épais, mais plus court que les autres goélands précédemment cités.

Nicheur de falaise et bandes rocheuses, il a approché les côtes dans les années 1990, puis les villes au début des années 2000. En Morbihan, il y a quelques nicheurs urbains du côté de Lorient. La population reste cependant relativement faible.

JPEG - 1.4 Mo
Goéland leucophée
Crédit : Marielle Lechaux
A retenir sur le terrain pour une identification rapide :
  • Bec jaune vif avec tache rouge
  • Ailes d’un gris clair comme l’argenté
  • Points blancs sur le bout des ailes
  • Pattes d’un jaune vif voire orange
  • Tête carrée, bec et cou épais

Goéland cendré (larus canus)

Le goéland cendré ressemble aussi à l’argenté par la couleur des ailes. Mais le bec n’a pas de boule rouge, les pattes sont la plupart du temps verdâtres voire parfois jaunes, mais il est surtout beaucoup plus petit ; il fait la taille d’une mouette.

Le goéland cendré est assez rarement nicheur en France (un peu dans le Nord). Il préfère les cotes hollandaises notamment, mais vient hiverner sur nos cotes bretonnes. Il n’est donc pas rare d’en croiser l’hiver en Morbihan.

JPEG - 3.1 Mo
Goéland cendré
Crédit : Marielle Lechaux
A retenir sur le terrain pour une identification rapide :
  • Bec jaune sans tache rouge
  • Ailes d’un gris clair
  • Points blancs sur le bout des ailes
  • Pattes verdâtres
  • Petit goéland, taille d’une mouette

Autres goélands erratiques

Certains goélands sont observables, même s’il ne restent pas nicher ou hiverner. Souvent de passage, parfois plus locaux, ils sont tout de même rares mais leur observation récente en Morbihan nous incite à les citer.

Il est possible d’observer de temps en temps des goélands bourgmestres (larus hyperboreus), goélands à bec cerclé (larus delawarensis) ou goéland à ailes blanches (larus glaucoides).

Mouettes

Les mouettes sont plus petites et plus fines que les goélands. Même si certaines espèces se ressemblent, des caractéristiques générales permettent de les différencier à coup sûr. Bec plus fin, souvent rouge ou noir... voici une présentation des mouettes observables sur nos côtes morbihannaises.

Mouette rieuse (Chroicocephalus ridibundus)

La mouette rieuse est blanche aux ailes grises. Plus petite que les goélands, elle fait environ 40cm de haut pour 1m d’envergure. Son bec est fin, rouge foncé avec une pointe noire. Ses pattes sont d’un rouge vif, le bout des ailes (donc arrière ou « queue » au sol) est noir et effilé. Autre caractéristique très reconnaissable : ce point noir derrière l’œil. C’est la marque certaine d’une mouette rieuse.
En période nuptiale, elle change la couleur de sa tête, qui se recouvre d’une calotte brun-chocolat jusqu’au haut du cou.

La mouette rieuse est un oiseau très courant partout. Son nom vient évidemment de son cri, ressemblant à un cri plaintif de douleur. Opportuniste, elle peut se nourrir de tout, sur une plage, un champ, une ville, elle est omnivore et peu difficile. Elle fait un nid au sol, dans un petit trou humide et végétal. Ses effectifs sont fournis et stables ; elle peut vivre en colonie de plusieurs milliers d’individus.

JPEG - 121.8 ko
Mouette rieuse
Crédit : Pierre-Damien Masson


JPEG - 112.6 ko
Mouette rieuse en plumage nuptial
Crédit : Pierre-Damien Masson
A retenir sur le terrain pour une identification rapide :
  • Bec rouge et pointe noire
  • Ailes d’un gris clair
  • Bout des ailes (ou queue) effilé et noir uni.
  • Pattes d’un rouge vif
  • Point noir derrière l’œil en hiver, calotte chocolat en période nuptiale
  • Attention à ne pas la confondre avec la sterne pierregarin

Mouette mélanocéphale (ichthyaetus melanocephalus)

La mouette mélanocéphale ressemble pour beaucoup à la mouette rieuse. Bec et pattes rouges, ailes grises assez claires. Contrairement à la rieuse, elle a des taches blanches au bout des ailes (à l’arrière au sol). Sa caractéristique principale étant cette calotte noire (et non chocolat) descendant assez bas sur le cou. Le tour de son œil est clair, voire blanc.

La mouette mélanocéphale apprécie les milieux humides, plages, estuaires, petites rivières... et même des sorties d’égouts. Elle niche principalement dans les marais en bord de côte. En Morbihan elle est visible, même si les effectifs ne sont pas très fournis, et tendent à diminuer à l’échelle nationale.

JPEG - 1.9 Mo
Groupe de mouettes mélanocéphales
Crédit : Marielle Lechaux
A retenir sur le terrain pour une identification rapide :
  • Bec rouge et cercle noir
  • Ailes d’un gris clair
  • Bout des ailes (ou queue) effilé et noir avec des taches blanches
  • Pattes d’un rouge vif
  • Tête et haut de cou recouverts d’une calotte noire
  • Attention à ne pas la confondre avec la sterne pierregarin et la mouette pygmée

Autres mouettes :

D’autres mouettes sont potentiellement visibles en Morbihan et observées régulièrement aux mêmes périodes. Cependant, il est fort probable que ce soient des erratiques, ou des individus isolés. Il est donc possible d’observer en Morbihan (avec un peu de chance !) une mouette tridactyle (rissa tridactyla), mouette pygmée (hydrocoloeus minutus) ou encore mouette de Sabine (xema sabini).

Pour approfondir la reconnaissance, rendez-vous sur le site Oiseaux du Gofle du Morbihan.
Merci à Yves Thoron pour ses conseils.
Merci à Pierre-Damien et Marielle Lechaux pour leurs photos.

Maxime Oillaux

Accueil | Contact | Plan du site

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Les infos de la biodiversité  Suivre la vie du site Apprendre à observer la biodiversité   ?

Creative Commons License