LPO Morbihan

Avril : grands travaux de printemps chez les pics

mercredi 9 avril 2014

De curieux bruits répétés se font parfois entendre lors de promenades dans les bois, les parcs et autres lieux plantés de grands arbres ; si ces bruits vous font penser à une sorte de martèlement sonore, il s’agit à coup sûr du tambourinage d’un pic qui signale ainsi sa présence territoriale.

Arbres ayant reçu la visite du pic noir

Il ne s’agit pas du pic vert, qui ne martèle les arbres que pour y faire une loge pour sa progéniture, mais plutôt du pic épeiche,

Pic épeiche mâle (calotte noire avec une barre rouge)

Pic épeiche femelle (pas de rouge sur la nuque)

ou alors pourquoi pas du pic noir : mais dans ce cas, c’est une toute autre sonorité, plus intense, plus lourde, et qui s’entendra bien plus loin (estimation à deux kilomètres à la ronde dans de bonnes conditions d’écoute !).

Pic noir - dendrocopus martius


Il faut dire que ce dernier possède un instrument particulièrement bien adapté à cet exercice, puisque son bec ne mesure pas moins de 6 cm de long pour 2 cm de large et qu’il assène des coups sur les troncs d’arbre au rythme de 30 à 40 impacts toutes les trois secondes ! Tout ceci pour bien marquer son territoire et attirer l’attention des femelles qui rôderaient dans le secteur
Et une fois le couple formé, les grands travaux commencent pour les cinq espèces de pics de notre région, à savoir, par ordre décroissant de taille : le pic noir, le pic vert, le pic épeiche, le pic mar et le pic épeichette.

Pic vert - picus viridis

Pic mar - dendrocopus medium

En effet, ces oiseaux vont se mettre à perforer un tronc ou une branche, d’abord à l’horizontale, puis à la verticale, sur des dimensions variables suivant l’espèce, et là encore, le pic noir bat tous les records avec une loge qui peut aller jusqu’à 40 cm de profondeur ; la tâche va durer deux bonnes semaines : comptez les coups de bec à donner !

Déblayage des copeaux

Lançage des copeaux


Et en parlant « coups de bec », on se demande encore comment il se fait que les yeux des oiseaux ne sortent par des orbites à chaque coup, ou encore que le cerveau ne soit pas altéré par la violence du choc ; en fait, il y a forcément des adaptations (présence de cartilage entre le bec et le crâne, muscles amortisseurs, boîte crânienne plus réduite, etc…) qui empêchent toute lésion à ces organes.
Et que dire des adaptations nécessaires pour tenir en position verticale contre un tronc d’arbre pendant des heures ! Là encore, il y a de quoi s’étonner en constatant que les pics ont deux doigts sur quatre dirigés vers l’arrière (au lieu d’un seul chez la plupart des autres oiseaux) ; de plus, les plumes de la queue sont bien plus rigides pour permettre à l’oiseau de prendre appui de façon durable sur le tronc.

Appuis du pic noir contre le tronc


Au fur et à mesure que les loges se creusent, les oiseaux déblaient les copeaux à grandes becquées, si bien qu’on en retrouve au sol à plusieurs mètres de distance du tronc ; seuls, restent au fond quelques copeaux plus fins, qui tapisseront le fond de ce nid vraiment très particulier..

Copeaux autour d’une souche suite à un passage de pic noir


La suite sera plus classique, avec ponte de quatre œufs au plus chez le pic noir (et parfois davantage chez le pic épeiche), avec toutefois une incubation particulièrement réduite pour un oiseau de cette taille : douze jours maximum, c’est-à-dire pas plus qu’une mésange (alors qu’un autre oiseau de la même taille couve trois semaines). L’élevage des jeunes sera beaucoup plus long, et il en faudra des voyages et des becquées pour voir enfin les jeunes prendre leur envol.

Pic épeiche - Mâle au nourrissage

Et comme ceux-ci sont très bruyants lorsqu’ils quémandent de la nourriture, ils sont parfois la proie de prédateurs tels que martre, autour des palombes, etc… Les survivants devront se chercher un autre territoire et d’ailleurs, les parents eux-mêmes vont reprendre une vie solitaire dès que la tâche parentale sera terminée, jusqu’à de nouvelles rencontres au printemps suivant, parfois d’ailleurs avec le (ou la) même partenaire !
A noter que les loges servent de reposoir et d’abri nocturnes pour ces mêmes oiseaux, mais sont aussi parfois squattées par bon nombre d’espèces, que ce soit des oiseaux (étourneau sansonnet, pigeon colombin, sitelles, …) des insectes (abeilles, frelons, …) ou même des mammifères (martre notamment).

Squatt d’un nid de pic noir par un pigeon colombin


Pour l’anecdote, il y a même un petit canard qui utilise le nid du pic noir dans les régions nordiques ; il s’agit d’une espèce qui hiverne sur nos côtes en hiver : c’est le garrot à œil d’or. Imaginez le spectacle d’une dizaine de canetons d’un ou 2 jours, tout enduvetés, devant sauter dans le vide, d’une hauteur d’au moins 5m, puis ensuite marcher à travers fourrés et broussailles avant de rejoindre enfin un milieu aquatique ( lac en général) où ils pourront se ravitailler et grandir en sécurité … avant d’être abandonnés par leur mère alors qu’ils sont encore incapables de voler !
Yves Thoron


Portfolio

Pic épeiche - dendrocopus major Pic épeiche femelle Pic noir mâle - dendrocopus martius Nid de pic épeiche occupé par un nid de frelons Pic épeiche juvénile avant envol Juvénile d'étourneau sansonnet. Squat dans un nid de pic vert Pic vert mâle (la femelle a une moustache noire)
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