LPO Morbihan

Avril : papillons blancs, papillons jaunes : la belle famille des piéridés

mardi 18 avril 2017

En simplifiant un peu, on distingue assez facilement les piéridés des autres familles de papillons, car ils sont presque tous soit blancs, soit jaunes, avec parfois des veines ou taches grises, verdâtres, voire même orangé (comme chez l’aurore de la cardamine).Bref, des papillons qui ne passent pas inaperçus, mais leur détermination demande parfois une observation attentive.

Crédit : Yves Thoron

Avril est sans doute le mois où on les revoit le plus en abondance, mais ce n’est pas significatif d’un comportement identique pour tous, par rapport à la mauvaise saison.

Citron (mâle) sur daphné, en mars. L’état des ailes montre qu’il a déjà plusieurs heures de vol à son actif !

Chez le citron (gonepteryx rhamni) par exemple, les adultes hivernent ; les individus que l’on voit donc de temps en temps par une belle journée de février ou de mars, sont des papillons (mâles le plus souvent) qui sont nés l’été précédent, et qui survivent aux rigueurs hivernales en s’abritant dans des lieux dont ils ont le secret (lierre notamment).

Mâle de citron en butinage


Femelle de citron : notez les couleurs plus verdâtres

Après quelques semaines de vol et de butinage, vient le temps des accouplements et des pontes : celles-ci se font presque exclusivement sur la bourdaine, cette plante des landes à écorce mouchetée et à baies noires en automne.

2 oeufs de citron au revers de jeunes feuilles de bourdaine


Bourdaine (rhamnus frangula) en automne dans une lande humide

Les chenilles vont donc se développer (5 stades en général) en consommant les feuilles de cet arbuste : c’est dire si le menu n’est pas très varié !

Chenille du citron au 2ème stade


Chenille de citron au 3ème stade ; en journée, elle se tient immobile sur la nervure centrale de la feuille


Chenille de citron au 3ème stade


Chenille de citron au dernier stade en position défensive

Quand la chenille a terminé sa croissance, elle se nymphose, se transformant en chrysalide verte (donc très peu visible, comme les chenilles d’ailleurs), laquelle se transforme en imago (c’est-à-dire un adulte nouveau) quelques semaines plus tard.

Chrysalide de citron (obtenue avec un élevage de chenilles)


Le miracle a eu lieu, un imago : ici, une femelle est sortie de sa chrysalide !

Puis on recommence tout, avec une nouvelle génération. A noter que notre papillon peut se vanter d’avoir une belle longévité (environ 1 an), ce qui n’est vraiment pas le cas de beaucoup d’autres espèces, comme le suivant par exemple !

Mâle (tout frais) de l’aurore de la cardamine (anthocaris cardamines) sur jeune fougère


Le même individu, ailes fermées

Voilà un autre piéridé qui apparaît relativement tôt dans l’année (fin mars - début avril) ; mais à partir de juillet, plus aucun individu en vue ! Que s’est-il passé ?
Chez cette espèce, les pontes ont lieu en grande majorité sur une plante de prairies humides, à savoir la cardamine des prés.

Mâle posé sur sa plante-hôte, la cardamine des prés (cardamine pratensis)


Femelle sur cardamine des prés (elle pond sur les tiges en général)

Les chenilles vont donc se gaver des organes floraux (s’il en reste), et surtout des graines en formation de sa plante-hôte, et quelques semaines plus tard, se trouver un lieu adéquat pour se chrysalider. Et c’est sous cette forme (de chrysalide) qu’elle va passer l’automne et l’hiver ; entre temps, les adultes du printemps ont déjà disparu depuis belle lurette ! Quelques semaines de vie printanière pour les adultes, c’est bien court, j’en conviens, mais la survie de l’espèce est assurée : CQFD ! A noter quand même à propos de survie, que celle-ci dépend de la bonne conservation des prairies à cardamines : ce n’est pas gagné d’avance ! Au minimum, il faudrait s’astreindre à des fauches tardives (ou pas de fauches du tout) dans certains de ses habitats…

Prairie à cardamines en avril

Il est possible de rencontrer un autre papillon un peu ressemblant au précédent, mais seulement quand on regarde le dessous des ailes : il a en effet des marbrures vertes, à la manière de l’aurore ; il s’agit de la piéride des Biscutelles (euchloe crameri), encore appelé marbré de Cramer.

Piéride des biscutelles, photographié en Provence

Dans le département, il est régulièrement recensé sur une petite zone côtière en limite Sud-Est (sur les dunes ou pelouses sèches), sur quelques communes limitrophes de la baie de Vilaine (Pénestin, Billiers, etc…). Il est plus commun en-dessous de cette limite (Loire-Atlantique, Vendée, et sud de la France).

Autre espèce qui semble avoir une nette préférence pour le sud du département (tout en étant présent sur d’autres secteurs en Bretagne) : le Gazé (aporia crataegi)

Gazé sur orchis tacheté, un matin à la rosée (commune de Noyalo)

Ce grand papillon blanc, aux ailes joliment veinées de noir, a une préférence pour les prairies littorales bordées de haies épineuses ; l’explication tient surtout au fait que la femelle pond sur des prunelliers, lesquels sont particulièrement abondants sur la frange littorale.

La femelle se reconnait à la ligne plus sombre en bordure de l’aile

Chez cette espèce, la durée de vie des adultes est encore plus réduite que pour l’aurore, puisqu’en gros, les adultes ne sont visibles qu’en mai et juin. Là encore, des fauches précoces sont de nature à le priver de ses plantes nourricières (ce ne sont pas les mêmes que les plantes-hôtes, qui elles, servent à la reproduction), ce qui conduirait à la mise en danger de l’espèce, laquelle est déjà en régression sur plusieurs secteurs bretons.

Butinage d’un mâle sur lychnis fleur de coucou

Venons-en aux 3 piéridés les plus largement répandus, aussi bien dans l’espace que dans le temps, c’est-à-dire du printemps à l’automne pour les 3, mais n’en concluez pas que la durée de vie des adultes s’en trouve allongée, car en fait, on considère qu’il y a 3 générations qui se succèdent chaque année pour chacune de ces espèces, ce qui raccourcit singulièrement la durée de vie des adultes de chaque espèce !

Le papillon le plus grand de ces 3 espèces est la piéride du chou (pieris brassicae) ; la photo suivante montre une femelle, reconnaissable à ses 2 grosses taches noires (et plus carrées que rondes d’ailleurs !)

Femelle de piéride du chou en butinage sur centaurée noire

Le mâle ne possède pas de taches aussi nettes, mais les 2 sexes ont en commun une large marque noire, en forme de V ouvert, à l’apex (la pointe) des ailes antérieures ; de plus, les 2 bras du V en question sont de longueur sensiblement égale.

Mâle sur fleur de crucifère (pointe de Penvins)

La femelle pond des œufs groupés et nombreux sur la face inférieure de feuilles (choux et autres plantes de la même famille)

Ponte groupée de piéride du chou

Les chenilles peuvent, de ce fait, occasionner des dégâts aux cultures.

Chenilles à différents stades de croissance

Mais il y a plusieurs mécanismes de régulation, avec une prédation importante d’oiseaux et autres, et assez souvent, un phénomène de parasitage, comme le montre la photo suivante :

Parasitage de la chenille de piéride du chou

En fait, cette chenille s’est faite dévorer de l’intérieur par de minuscules larves, qui se sont métamorphosées en cocon jaune juste à leur sortie ; l’auteur de ce forfait est une minuscule guêpe (hyménoptère du genre trichogramma), qui pond ses propres œufs dans ceux du papillon, et ses larves se développent plus tard après la naissance des chenilles, entraînant leur dépérissement et leur mort inéluctable : dure, dure, la vie de papillon !

La piéride de la rave (pieris rapae) est largement aussi courante, sinon plus que la précédente ;

Copulation de piéride de la rave sur une cabane de jardin

Mais les 2 sexes sont de taille inférieure à l’espèce précédente et si on observe bien le dessin noir à la pointe de l’aile antérieure, on a un V nettement moins marqué, avec une branche (du V en question) bien plus longue que l’autre.

Mâle de la piéride de la rave - les femelles ont 2 tâches noires plus nettes

La femelle pond sur la même famille de plantes que la piéride du chou, mais les œufs ne sont pas vraiment groupés et les chenilles (plus vertes) passent facilement inaperçues.

A gauche : jeunes chenilles de piérides de la rave - à droite : une chenille à terme de péride du chou, pour comparer


Chenille de dernier stade de piéride de la rave sur feuille de radis dans une serre de jardin

Dans ces 2 cas, l’hivernage se passe à l’état de chrysalide, tout comme l’espèce suivante d’ailleurs.

Piéride du navet de 1ère génération (avril)

Cette photo montre la piéride du navet (pieris napi). Ici, on a des ailes nettement plus nervurées que chez les 2 autres : nervures grises et épaisses, (surtout pour la génération printanière), visibles sur le dessous des ailes (et le dessus est assez strié aussi ). De plus, à la pointe de l’aile, on observe une tache grise moins nette, avec un V peu ou pas vraiment dessiné.

Piéride du navet sur stellaire holostée - dessus des ailes nettement nervuré mais moins que le dessous

Avec l’aurore, c’est la piéride qu’on peut voir voler assez tôt dans l’année (fin mars et surtout avril) mais contrairement à l’aurore, on aura donc toujours des adultes en vol en automne.

Ces 3 piérides (chou, rave et navet) fréquentent beaucoup de milieux différents (sauvages ou cultivés) et sont donc parmi les papillons les plus communs dans nos régions de l’Ouest.

La piéride du lotier (leptidea sinapis) est loin d’être aussi abondante. Ce papillon pâle aux ailes arrondies est, de plus, cantonné dans la moitié sud du département (un peu comme le gazé en somme).

Piéride du lotier (génération printanière)

Ce papillon ferme les ailes dès qu’il se pose, et on le reconnaît alors aux fines granulations grises qui ornent le dessous des ailes ; mais il y a 2 générations dans l’année, et chez les individus de 2ème génération, ces granulations sont nettement moins marquées.

Piéride du lotier (génération estivale)

Le dernier de nos piéridés bretons à apparaître en assez bonne quantité (mais c’est irrégulier suivant les années) est le souci (colias crocea)

Un souci sur fleur de linaire rampante

Mais comme il est admis qu’une bonne partie des individus qu’on observe en été et en automne (c’est un des plus tardifs dans l’année en compagnie des hivernants du type vulcain, paon-du-jour, etc…) sont des papillons migrateurs, nous allons le réserver pour une prochaine rubrique.

Le machaon (papilio machaon) n’est pas classé dans les piéridés

Quant au machaon, autre belle et grande espèce jaune (et noire), il ne fait pas partie de la famille des piéridés, mais de celle des papilionidés (avec les apollons qu’on trouve en montagne par exemple), ce qui justifie son absence de cette rubrique.

Le sujet vaut bien un petit quizz, non ? Si vous comptez bien, 8 espèces de piéridés sont abordées ci-dessus, mais pour certaines, il y a des différences entre les sexes ; donc il faut le préciser si nécessaire ( cela concerne 3 espèces en fait ).

QUIZZ :

Quizz : photo 1


Quizz : photo 2


Quizz : photo 3


Quizz : photo 4


Quizz : photo 5


Quizz : photo 6


Quizz : photo 7


Quizz : photo 8


Quizz : photo 9


Quizz : photo 10

Réponses du quizz sur les lichens :
1 – lichen (xanthoria)
2 – algue verte
3 – algue verte
4 – champignon (indéterminé)
5 – champignon (pézize)
6 – lichen (indéterminé)
7 – champignon (clavaire)
8 – lichen (cladonia)
9 – lichen (indéterminé)

Texte et photos : Yves THORON

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