LPO Morbihan

Décembre : les oiseaux noirs de nos lacs ou étangs

vendredi 5 décembre 2014

Le premier oiseau noir que l’on peut rencontrer en s’approchant de la berge d’un étang, d’une rivière ou d’une simple mare est sûrement la poule d’eau, tant l’espèce est répandue dans nos régions. Elle peut même être peu farouche si elle s’est installée dans un parc public ou autre lieu très fréquenté ; sinon, elle se cache sous une berge ou dans la végétation aquatique.

gallinule poule d’eau – gallinula chloropus

Elle est facilement reconnaissable grâce à son bec rouge à pointe jaune, mais elle présente aussi un dessin en V inversé sur la queue du plus bel effet lorsqu’elle déguerpit à la nage devant nos yeux.

Les pattes sont également jaunâtres et les longs doigts ne sont pas palmés, ce qui ne l’empêche pas de nager correctement, mais ce qui n’est pas non plus un atout pour plonger à la recherche de nourriture en eau profonde. Elle se contente donc de plans d’eau, rivières ou marais peu profonds et préfère d’ailleurs rechercher sa nourriture sur les berges. L’espèce est omnivore, à l’image de nos poules domestiques, pouvant picorer toutes sortes de végétaux (terrestres ou aquatiques pour la poule d’eau) mais aussi graines, vers, larves, insectes, mollusques, etc…

Le nid est établi dans la ceinture rivulaire : c’est une plate-forme faite de tiges et feuilles aquatiques desséchées : la femelle y dépose de 5 à 8 œufs clairs (avec quelques taches sombres) qu’elle couve pendant 3 semaines. Les poussins (qui sont noirs également) peuvent nager dès que leur duvet est sec ; ils ne sont indépendants qu’au bout de 3 ou 4 semaines.

Nid

Mais un autre oiseau noir peut fréquenter les mêmes milieux, mais avec des populations beaucoup plus abondantes en certains endroits (parfois plusieurs centaines ou milliers d’individus sur certains lacs, zones côtières, etc…). Chez cette espèce, le plumage est entièrement noir, le corps plus massif et surtout le bec n’est pas rouge, mais blanc et il se prolonge par une sorte d’écusson blanc jusqu’à mi-tête.

foulque macroule - fulica atra

Pas de doute, il s’agit de la foulque macroule ; ici les pattes sont verdâtres et de plus, les doigts présentent une palmure curieuse, sans vraiment qu’il y ait une jonction entre les doigts comme chez les anatidés (canards, oies, etc…) .

On peut parler ici d’une semi-palmure, ce qui permet quand même à l’oiseau de plonger plus profondément (2 m au moins) que la poule d’eau, et donc de prospecter des eaux plus profondes si c’est nécessaire. Mais on voit souvent les foulques picorer des lentilles d’eau et toutes sortes de végétaux aquatiques. Sinon, elles complètent leur régime avec des graines et des invertébrés aquatiques.
Au niveau reproduction, le nid est souvent plus volumineux, avec un entassement plus épais de végétaux ; les œufs sont plus gros et plus clairs que ceux de la poule d’eau ; les éclosions sont plus étalées dans le temps car l’incubation commence avant la ponte du dernier œuf. Curieusement, la couvée se sépare rapidement en deux, et le mâle construit une autre plate-forme pour sa demi-famille !

A noter que ce comportement existe aussi chez certains grèbes (voir article de mai 2013 sur le grèbe huppé). Comme pour la poule d’eau, il peut y avoir 2 ou 3 pontes annuelles.

Il vous faudra plus de chance et de patience pour observer l’espèce suivante ! En effet, le râle d’eau est un oiseau beaucoup plus rare et plus discret, qui passe son temps à rechercher sa nourriture dans les roselières ou hautes herbes de bordures ou de ceintures.

râle d’eau – rallus aquaticus (photo Alain Cochet)

Plus petit que les deux espèces précédentes, le dos n’est pas noir mais plutôt marron et surtout, le bec (nettement plus long) est nettement teinté de rouge dans sa partie inférieure. Les pattes ne sont ni jaunes, ni vertes, mais de teinte sombre (allant du rose sable au marron). Forcément, ce long bec va permettre à notre oiseau de chercher diverses proies (crustacés, vers, etc…) dans la vase, ou de capturer de petits poissons ou autres bestioles des eaux stagnantes, sans négliger quelques racines, graines, etc… voire oisillons d’autres espèces ! Bref des mœurs peu recommandables, mais ce n’est rien en comparaison du cri parfois poussé par un mâle qui est dérangé : on croirait avoir affaire à un cochon qu’on égorge !

Fidèle à son image d’oiseau discret, le râle d’eau construit un nid presque invisible dans la végétation dense et les 2 partenaires vont se relayer pour couver les 6 à 10 œufs, puis élever les jeunes qui naîtront 3 petites semaines plus tard.
Un mot sur la marouette ponctuée qui a des mœurs très semblables au râle d’eau, mais qui est encore plus discrète, à tel point que les recensements sont difficiles, mais on ne peut exclure qu’il y ait quelques couples nicheurs en Morbihan, étant donné que l’espèce est recensée en Loire-Atlantique.Elle se reconnaît surtout à son plumage sombre parsemé d’une multitude de points clairs, d’où son nom de « ponctuée « .

marouette ponctuée – porzana porzana (photo Alain Cochet)

Tous ces oiseaux appartiennent au groupe des rallidés, ce qui justifie aussi leur groupement dans cette rubrique. A noter qu’à chaque fois, les sexes sont semblables pour ces espèces. Si la poule d’eau et la foulque macroule n’inspirent aucune inquiétude au niveau de leurs effectifs, il n’en va pas de même pour les râles et les marouettes, ces espèces ayant des exigences écologiques bien plus strictes, ce qui fait qu’elles dépendent étroitement de la bonne conservation de leurs milieux de vie ( zones humides , roselières, etc …)
Il y a tout de même un autre oiseau noir qui fréquente régulièrement les mêmes milieux (lacs et étangs), aussi bien en frange littorale qu’en intérieur des terres : c’est le grand cormoran

grand cormoran – phalacrocorax carbo

De tendance nettement grégaire pour les aires de repos ou pour la reproduction, cet oiseau est un piscivore relativement strict, capable de plonger à grande profondeur (de 10 à 30 mètres), ayant toutes les adaptations des grands plongeurs, à savoir un corps profilé, des pattes situées très en arrière (pour une meilleure propulsion), de véritables palmes, etc…. Mais chez cette espèce, l’eau pénètre dans le plumage lorsqu’il est immergé, et l’oiseau passe donc de longs moments en position ailes étalées à la sortie de ses plongées. Cette position aurait aussi une fonction thermique et/ou digestive.

A noter que le grand cormoran adulte change de look en période nuptiale, puisque les individus arborent alors un plumage gris au niveau de la tête et du cou, ainsi qu’une belle tache blanche immaculée sur la cuisse.

Au début de leur vie, les jeunes reçoivent une bouillie prédigérée, un peu à la manière des colombidés (pigeons et tourterelles).
Le cormoran huppé, pour sa part ne fréquente pas les mêmes milieux : on ne le rencontre en effet que sur les côtes rocheuses ; il sera donc traité dans un sujet ultérieur.

Yves Thoron


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