LPO Morbihan

Décembre : « mon beau sapin » !

jeudi 22 décembre 2016

« Mon beau sapin, roi des forêts » dit la chanson de Noël ; roi de certaines forêts certainement, notamment pour certaines pentes montagnardes, mais qu’en est-il du bel arbre qu’on décore à Noël dans sa maison : est-on bien sûr qu’il s’agit d’un authentique sapin justement ?

Pas si sûr, car il peut aussi s’agir d’un épicéa , voire même d’un simple pin , surtout si vous allez vous servir dans la forêt ou la lande voisines, ce qui n’est vraiment pas recommandé d’ailleurs, la plupart de ces milieux étant privés !

De toute façon, il va forcément s’agir d’un conifère, puisqu’à maturité, votre bel arbre (surtout et même uniquement si vous l’avez acheté avec ses racines pour le replanter ensuite) va donner des cônes, improprement appelés « pommes de pin », lesquels produiront des graines ailées qui pourront assurer la reproduction et la dispersion de l’espèce.

Cônes

Ceci fait d’ailleurs le bonheur de plusieurs rongeurs, notamment de l’écureuil roux qui n’a pas son pareil pour disséquer ces cônes, afin d’accéder aux graines, ce qui n’est pas si simple pourtant…

L’écureuil est passé par là !

Certains oiseaux, comme le bec-croisé des sapins (très rarement vu dans le département), mais aussi la mésange huppée, ont aussi compris l’intérêt de chercher leur nourriture entre les écailles des cônes (de mélèzes notamment).

Mésange huppée
Crédit : Marielle Lechaux

Mais comment s’y retrouver parmi tous ces arbres verts au feuillage persistant (sauf quelques exceptions du type mélèze d’Europe, ou encore cyprès chauve), et au port plus ou moins semblable ?

Contrairement à la plupart des conifères, le cyprès chauve (taxodum distichum) perd ses aiguilles en hiver ; il pousse souvent dans des milieux gorgés d’eau.

En fait, il y a des points de différenciation intéressants, comme les cônes justement, les silhouettes, les écorces, et la disposition des aiguilles sur les rameaux. En commençant justement par regarder ces rameaux de plus près, on peut faire 3 catégories distinctes (c’est une proposition simplifiée par rapport à la systématique officielle).

Sur la photo suivante, on ne distingue pas vraiment d’aiguilles, mais plutôt une disposition en écailles, à la manière d’un poisson ou d’un serpent.

A gauche : cyprès de Lawson (rameaux). A droite : cônes murs sur le même arbre.

C’est le groupe des cyprès et des thuyas (ainsi que le séquoia géant d’ailleurs) : ce groupe n’est pas vraiment courant à l’état sauvage en Bretagne, à part quelques espèces comme le cyprès de Lambert (zones côtières surtout), mais il est par contre très utilisé en ornementation pour haies et bordures, car il est très décoratif (nombreux cultivars) et se prête facilement à plusieurs types de taille. Le verdier d’Europe, le pinson des arbres, le merle noir, etc… y nichent facilement : donc éviter absolument de tailler vos haies au moment des reproductions !

Le verdier d’Europe (chloris chloris) niche fréquemment dans les haies de conifères.

Ce genre d’arbre n’est pas vendu aux particuliers à l’occasion de Noël, mais certaines villes peuvent en placer à cette occasion sur les places pour enrichir la décoration.

Passons à un autre groupe qui présente cette fois des aiguilles bien nettes :

Pin maritime

Ces aiguilles sont souvent groupées par 2, comme pour ce pin maritime, mais il existe aussi des groupements par 3 ou 5 (pin Weymouth, pin de Monterey…), ou même davantage (cèdres et mélèzes) : ce groupe, plutôt bien représenté en Bretagne (pour les pins en tout cas), fera l’objet d’un autre article ultérieurement.

Reste donc une 3ème catégorie, qui va nous ramener à notre sujet, à savoir le sapin de Noël.

Aiguilles

Ici, on distingue aussi des aiguilles, mais cette fois, elles ne sont pas groupées à l’insertion sur le rameau , mais solitaires : elles se détachent à l’unité si on essaie de les enlever : c’est ( enfin !) le groupe des sapins. Mais cette disposition se retrouve aussi chez les épicéas, ainsi que chez l’if commun.

Ce dernier fera aussi l’objet d’une communication ultérieure, car il est riche en contenu, notamment au niveau de la symbolique.

If commun (taxus baccata) près de la chapelle Sainte-Anne de Buléon

Ne restent donc plus à distinguer que les sapins par rapport aux épicéas, ce qui n’est pas si difficile, car si leur silhouette est assez semblable (voir photos plus loin), les cônes sont placés en sens contraire sur les branches : cônes pendants pour l’épicéa, et cônes dressés pour le sapin (sapin blanc en tout cas, car c’est moins vrai chez le sapin de Douglas, mais ce dernier est une espèce de peuplement, et non forestière à régénération naturelle).

A gauche : cônes pendants pour l’épicéa. A droite : cônes dressés de sapin ; à noter que ces derniers ne tombent pas au sol, mais perdent leurs écailles dans l’arbre à maturité, libérant ainsi les graines qui se dispersent

Les écorces sont assez différentes aussi : assez claire pour le sapin blanc, et plus sombre (gris-rougeâtre) pour l’épicéa, avec une tendance à fendiller plus rapide chez l’épicéa.

A gauche : tronc d’épicéa commun (picea abies). A droite : tronc de sapin blanc (abies alba).

Et le détail qui ne permet pas le doute, c’est la disposition des aiguilles sur les rameaux : en « queue de castor » pour le sapin (c’est à dire en 2 rangées de chaque côté du rameau), un peu à la manière d’un peigne, d’où le nom de sapin pectiné, mais en « queue de renard », c’est-à-dire en cercle tout autour du rameau pour l’épicéa, ce qui fait penser à une brosse plutôt qu’à un peigne.

A gauche : rameaux de sapin. A droite : rameaux d’épicéa.

Sinon, les aiguilles de l’épicéa sont plus pointues que celles du sapin :

Au toucher, les jeunes rameux d’épicéas donnent davantage une impression de piquer les mains par rapport aux aiguilles de sapin

Et vu de dessous, les aiguilles du sapin sont nettement plus claires (presque blanches), ce qui pourrait être à l’origine du nom (sapin blanc).

Rameaux de sapin blanc (deux faces)

Sur cette photo, on remarque aussi la forme « en croix » des rameaux, ce qui est à l’origine de l’appellation « sapin de croix » pour cet arbre.

Bon, y’a plus qu’à aller voir tout cela sur le terrain, sachant quand même que vous aurez plus de chances de les trouver en grande quantité en montagne que dans le département, mais en fréquentant quelques parcs remarquables, comme celui de Kerguéhennec en Bignan (d’où proviennent plusieurs photos), vous pourrez tirer tout cela au clair.

Et bien sûr, vérifiez si le sapin de Noël à la maison est un sapin ou un épicéa ; s’il s’agit d’un sapin, celui qui est le plus vendu est le sapin de Nordmann, (originaire du Caucase) assez proche du sapin blanc, mais dont les aiguilles résistent mieux à la chaleur de la maison. Voici 2 exemples de « sapins de Noël » qui ont été achetés avec leurs racines, puis repiqués près d’une habitation : lequel n’est pas un sapin ? (réponse plus loin)

Lequel n’est pas un sapin ? (voir réponse à la fin)

Dans leur milieu naturel, ces 2 arbres ont une silhouette assez semblable, de forme pyramidale, mais les sapins ont des branches latérales qui ont tendance à se relever à leur extrémité, alors qu’elles sont plus pendantes chez l’épicéa : la cime de certains sapins est parfois plus aplatie, mais ces critères ne sont pas constants, et donc pas très fiables, par rapport aux précédents.

Silhouette d’épicéa de Sika (picea sitkensis)


Silhouette un peu allongée d’un sapin pectine (albies alba) - la base est souvent plus élargie.

Et si vous ne voulez pas participer à l’abattage en masse des sapins de Noël, fabriquez-en un : il paraît que c’est tendance ! La commune d’Erdeven organise même un concours, à partir de matériaux recyclés (voir site de la commune).

Il convient aussi d’ajouter que de nombreux oiseaux dorment (et parfois nichent) dans les conifères de tous ordres, notamment les pigeons ramiers, ainsi que beaucoup de passereaux ; de nombreux insectes y trouvent refuge aussi (papillons de nuit notamment).

Mais les plantations trop denses de ces résineux ont des effets néfastes, notamment en acidifiant les sols, et en privant les végétaux (de la strate herbacée) de la lumière nécessaire à leur développement ; par contre, les champignons (qui n’ont pas de fonction chlorophyllienne) y poussent parfois en quantité, selon les espèces.

Une jeune sapinière très sombre avec un groupe de clitocybes nébuleux (clitocybe nebularis) ; non comestibles.

Et quand un résineux a été abattu, d’autres champignons s’observent sur les souches, ce qui active leur décomposition.

Un champignon des souches : l’hypholome en touffes (hypholoma fasciculare) ; non comestibles.

Quelques compléments- photos, en rapport avec les espèces citées, mais peu développées :

1. L’exemple qui ne confirme pas la règle :

Une plantation de sapins de Douglas (pseudotsuga menziessii)


Comme l’indique le nom latin, ce conifère n’est pas rattaché au genre « abies » mais plutôt à celui des « tsugas » ; le tronc est donc différent de celui des sapins habituels.


Et les cônes qui sont munis de petites languettes sont pendants et non dressés : c’est comme l’orthographe, une règle et beaucoup d’exceptions !

2. Sur le sentier côtier :

Le cyprès de Lambert (cupressus macrocarpa) est bien adapté au climat océanique et donc fréquent autour du Golfe du Morbihan ainsi que dans ses îles.


Cônes du cyprès de Lambert avant maturité

3. Du côté des géants :

Les séquoias figurent parmi les plus grands arbres du monde, en atteignant au moins 100m de hauteur ; ce séquoia géant (sequoiadendron giganteum) culmine à environ 40m dans le parc de sculpures contemporaines de Kerguéhennec.


Les séquoïas ont une écorce liégeuse et très épaisse avec une forte rétention d’eau, ce qui est une bonne protection contre les incendies.


Les cônes du séquoïa géant


A droite du grand séquoïa, un conifère à plusieurs têtes, pas très haut mais avec une envergure de plus de 30m : c’est un thuya géant (thuja plicata)


A coté d’un tronc principal à (droite), des branches latérales ont touché terre et se sont enracinéees (marcottage)


Le même arbre, vu de l’intérieur ! Il se situe au domaine de La Ferrière, sur la commune de Buléon.


Beau spécimen d’araucaria du Chili (araucaria araucaria), dans le même parc que le thuya géant


A maturité, l’araucaria produit des cônes volumineux - ses aiguilles ont l’aspect de grosses écailles piquantes, ce qui lui a valu le surnom de « désespoir des singes ».

QUIZZ !
Voici 4 rameaux de conifères : de quels arbres proviennent-ils ? (Réponse au prochain article)

Réponse au « lequel n’est pas un sapin » vu plus haut : c’était celui de gauche, c’est un épicéa car ses cônes sont pendants. Celui de droite est bien un sapin.

Photos réalisées par Yves Thoron.

Yves Thoron

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