LPO Morbihan

Des champignons... vraiment pas comme les autres

dimanche 5 novembre 2017

La plupart des champignons que l’on rencontre peuvent être rangés en 2 grandes catégories, quand on observe leur partie fertile, c’est-à-dire la partie qui produira les spores, ces petites cellules qui vont assurer la reproduction.

Lamelles violettes sous le chapeau pour le pied-bleu (lepista nuda)

Comme sur la photo ci-dessus, les spores vont être produites par des lamelles : celles-ci sont de différentes couleurs et permettent parfois de déterminer l’espèce en question (mais il faut aussi parfois observer les spores elles-mêmes au microscope pour identifier un champignon !)

Sporée brun-rouille pour un cortinaire. Pour l’obtenir, il suffit de poser un chapeau bien sec sur une feuille de papier uni ou de couleur pour les champignons à lames blanches

Quelques exemples de champignons dans ce cas-là : les amanites, les russules, les lactaires, les psalliotes (famille du rosé des prés), les cortinaires, etc… (voir article d’octobre 2014 sur les amanites)

Lamelles blanches chez cette russule émétique (russula emetica)

Et puis, il y tous les champignons qui possèdent des tubes (ou pores) sous le chapeau : c’est le groupe des bolets (voir article de novembre 2013) Groupe très recherché par les consommateurs, puisque leurs représentants les plus connus sont les cèpes notamment ;

Chez les vieux cèpes, les pores verdissent et le bombement du chapeau permet de libérer les spores

Là encore, il y a donc une production de spores (au niveau des tubes), lesquelles tombent au sol à maturité, et pourront germer par la suite, formant le mycélium souterrain qui permettra de faire sortir les champignons de la saison suivante

Et il y a tous les autres, avec des formes parfois curieuses, et des stratégies différentes pour disperser les spores, assurant ainsi la propagation des espèces. Par exemple, Certains champignons se présentent en forme plus ou moins sphérique.

Scléroderme orange (scleroderma aurantium) à différentes étapes de sa croissance

C’est dans cette sorte de poche que sont produites les spores : à maturité, une
ouverture se produit sur un endroit plus fragile, et une sorte de poudre noire s’en échappe : ce sont des millions de spores qui sont ainsi libérées dans l’air :

Vesse-de-loup en forme de poire (lycoperdon piriforme) montrant les orifices de sortie des spores

voici quelques espèces concernées :

Vesse-de-loup brun d’ombre (lycoperdon umbrinum)


Vesse-de-loup perlée (lycoperdon perlatum)

En général, ces espèces ne sont pas comestibles, ou alors très jeunes, comme la rare vesse-de-loup géante qu’on rencontre parfois dans certaines prairies.

Il y a aussi un groupe de champignons qui présentent des ramifications, plus ou moins gélatineuses : ce sont souvent des clavaires ; la plus spectaculaire est la suivante

Clavaire chou-fleur (sparassis crispa) au pied d’un pin maritime

Ressemblant à une tête de chou-fleur, elle pousse en général au pied de résineux (pins surtout), vivants ou morts. L’espèce est comestible (jeune), et peut même être consommée crue en salade, sauf dans les régions à risque d’échinococcose (maladie transmise par l’urine des chiens, renards, etc ….) Voici quelques autres espèces plus ou moins semblables, mais moins recommandables au niveau culinaire !

Calocère visqueuse (calocera viscosa) jolie mais à rejeter


Clavaire étroite (ramaria stricta) à rejeter, passe pour être purgative


Xylaire du bois (xylaria hypoxylon) sur souches soucpées le plus souvent

Autre espèce curieuse et colorée, qui pousse carrément à même le sol, sur chemins argileux ou sableux, parfois en nombre important

Pézize orangée (aleuria aurantia)

Les spores sont produites à la surface inférieure de ce champignon en forme de coupe Là encore, elle peut être consommée crue, pour colorer et agrémenter une salade, mais le rendement est faible, vu la minceur de la chair (et mêmes réserves que pour le sparassis) ! Forcément, il existe plusieurs « cousins »pour cette espèce, dont la curieuse pézize turquoise, qui se développe sur des branchettes de bois mort ; mais avant de voir les petites coupelles vertes, le morceau de bois est colonisé par du mycélium verdâtre du plus bel effet

Pézize turquoise (chlorocyboria aeruginescens)


Pézize vesiculeuse (peziza vesiculosa) : se développe sur paillis, broyats de végétaux etc.

Autre comestible, plus recherché que le précédent : l’hydne sinué, ou pied- de- mouton

Hydne sinue ou pied-de-mouton (hydnum repandum) : les spores produites par les aiguillons sous le chapeau

Comme son cousin, l’hydne roux, il possède des aiguillons en guise de partie fertile : ce sont des espèces plutôt tardives, à chair compacte, plus ou moins appréciée selon les goûts.

Hydne roux (hydnym rufescens) : le pied est plus marqué que le précédent, chair moins goûtée, petite amertume

Les chanterelles (girolles surtout) sont nettement plus parfumées !

Chanterelle orangée, ou girolle (cantharellus cibarius) : la fausse girolle est plus foncée et a de vraies lamelles ; elle est nettement moins goûtée, et parfois même indigeste pour certains

En y regardant de plus près, elles n’ont pas de véritables lamelles, mais des replis de la peau plus ou moins épais, ce qui justifie leur présence dans cet article. La chanterelle orangée (vraie girolle) est une espèce assez précoce, alors que l’espèce suivante est bien plus tardive, et moins goûteuse d’ailleurs

Chanterelle en tube ou en entonnoir (cantharellus tubaeformis) plus fibreuse et moins goûtée que la précédente

Les 2 individus suivants sont plutôt du genre répugnants … mais par leur odeur surtout !

Satyre puant (phallus impudicus)


Clathre rouge ou anthurus d’archer (clathrus ruber)

En fait, les spores sont contenues dans une substance malodorante située en surface, ce qui attire un certain nombre d’insectes qui se délectent de ce jus (qui doit leur paraître délicieux), et ce qui permet en même temps la dissémination de la précieuse semence.

Ce satyre puant est aussi nommé phalle impudique, en raison de la ressemblance avec un sexe mâle en érection ! Il se rencontre plutôt en situation boisée, alors que l’anthurus, avec ses bras ressemblant aux tentacules d’une pieuvre, se rencontre plutôt en situation herbeuse (pelouses, bords de route, etc …)

Au moment de leur sortie de terre, ces 2 espèces se présentent en forme de boule ovoïde, assez compacte au centre avec une sorte de gélatine autour ; et à cette étape, ils seraient comestibles ! Bon appétit pour les téméraires qui voudraient s’y essayer !!!

Tout aussi curieux sont les géastres, avec leurs curieux bras recourbés vers l’extérieur, ce qui laisse apparaître le réceptacle qui produit les spores, un peu à la manière des sclérodermes. Voici 2 individus qui n’ont pas été formellement identifiés, mais l’individu de dessous pourrait être le géastre sessile (geastrum fimbriatum), qui est un des plus courants.


On les rencontre plutôt sur sol sec et argilo-sablonneux, et ils peuvent rester apparents assez longtemps.
J’aurais aimé présenter les truffes, ou encore les morilles dans cet article, mais hélas, point de ces délicieux champignons dans nos régions ! Les morilles sont des adeptes des terrains calcaires, et les truffes ont besoin de racines de chênes qu’on n’a pas chez nous non plus ! Il m’est toutefois arrivé de découvrir une petite quantité d’un « cousin » de la morille, à savoir l’helvelle, mais c’était à proximité d’un silo à chaux réservé à l’agriculture (Chaux= calcaire)

Helvelle crépue (helvella crispa) comestibilité incertaine donc à rejeter

Par contre, la suivante se rencontre occasionnellement chez nous, bien que restant rare. Sa comestibilité est controversée

Helvelle en selle (helvella sulcatta) comestibilité controversée aussi

Elle peut rappeler éventuellement la trompette de la mort (voir photos sur internet), qui, elle, passe pour une comestible convenable.
Au fil des ballades, on peut encore trouver bien d’autres espèces curieuses, comme ce myxomycète (en fait, tous les champignons présentés jusqu’ici étaient des basidiomycètes ou des ascomycètes) qui se développe dans l’herbe

Fuligo gris (fuligo cinerea) se décompose très vite, non comestible

Ou encore cette masse gélatineuse de couleur orangée, qui se développe tard en saison sur des branches d’ajoncs

Tremelle mésenterique (tremella mesenterica) : fréquent sur vieux ajoncs en fin d’année, non comestible

Et on peut d’ailleurs étendre l’idée de champignons qui se développent sur du bois (vivant ou mort), comme la plupart des polypores par exemple, mais ce sera peut-être pour un autre sujet !

Polypore du bouleau (piptoporus betulinus) peut rester en place plusieurs mois (non consommable)

Et le classique quizz de révision pour terminer
Il suffit juste de donner un nom ( sans préciser l’espèce ) pour les 10 champignons suivants : Il y a une pezize, une chanterelle, un hydne, un satyre, un clathre ( ou anthurus), un géastre, ,un polypore, une helvelle, une clavaire, une vesse-de-loup










Réponses du quizz sur les libellules :
1- Aeschne bleue – mâle
2- Aeschne affine – m
3- Anax empereur – femellle
4- Aeschne mixte – m
5- Anax empereur – m
6- Aeschne bleue - f

Texte et photos :

Yves THORON

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