LPO Morbihan

Janvier-février : Les pins, de la verdure au cœur de l’hiver

mardi 1er janvier 2019

Landes de Lanvaux, Saint-Jean-Brévelay

L’hiver est vraiment la saison des conifères, notamment pour 2 raisons, qui sont d’ailleurs liées l’une à l’autre :

  • d’une part, ils restent verts toute l’année, et semblent de ce fait plus résistants que la plupart des feuillus vis-à-vis des mauvaises conditions climatiques.

Feuillus et résineux : deux façons bien différentes de s’adapter à l’hiver

  • d’autre part, ce sont essentiellement ces conifères, notamment les sapins et les épicéas (voir article « mon beau sapin » de décembre 2016) qui ornent nos maisons ou nos villes pour les fêtes de fin d’année.

En général, les pins sont moins utilisés que les autres conifères pour cette occasion ; donc raison de plus pour nous y intéresser un tant soit peu, et d’autant plus qu’ils sont plus couramment observés dans la région, notamment en secteurs de landes, forêts mixtes, etc...!

La lande bretonne, un mélange de pins, de feuillus, d’ajoncs, etc.

Tout comme les sapins, épicéas, mélèzes, cèdres, les pins appartiennent à la grande famille des pinacées ; on compte environ 250 espèces pour tout le groupe dans le monde ; le genre pinus (les pins) étant le mieux représenté avec une bonne centaine d’espèces. En France, on en compte une bonne douzaine, mais inégalement répartis sur le territoire, puisque certains sont exclusivement méditerranéens (pin d’Alep, pin laricio de Corse), d’autres montagnards (pin à crochets), etc. Ce qui n’exclut pas de se trouver nez-à-nez avec un arbre pas très autochtone, comme ce pin parasol, photographié sur une commune du littoral (Golfe du Morbihan).

Silhouette caractéristique du pin parasol - pinus pinea

Les pins ont plusieurs caractères communs : un fût élancé, des aiguilles relativement longues et souvent groupées par 2, ainsi qu’une écorce de type écailleux et souvent rougeâtre.

Gros plan sur une écorce de pin maritime - pinus pinaster

La forme des cônes (improprement appelés « pommes de pin ») est souvent caractéristique ; ce sont eux qui produisent les graines (appelées pignons), lesquelles sont particulièrement appréciées par les écureuils qui n’ont pas leur pareil pour les extraire d’entre les écailles.

L’écureuil n’en laisse pas une miette !

Mais avant d’en arriver là, il y a l’étape de la floraison ; en fait, on distingue 2 types de fleurs, qui sont portées par le même arbre.
Les inflorescences mâles sont assez spectaculaires et produisent d’énormes quantités de pollen, lequel est dispersé par le vent et se retrouve parfois sous forme d’une poudre jaune qui se dépose sur les sols, les mares, etc. A noter que ce pollen est très peu allergène, par rapport à celui de certaines graminées par exemple.

Fleurs mâles de pin maritime pinus pinaster

Au même moment (fin avril - début mai en général), on peut observer de petites boules rouges, au sommet des jeunes pousses : ce sont les fleurs femelles.

Fleurs femelles de pin maritime - pinus pinaster


Rameaux de pin sylvestre - pinus sylvestris avec fleurs mâles et cône de l’année précédente

Après fécondation, elles deviendront donc les cônes porteurs de graines, mais il faudra attendre au moins 2 ans pour un développement complet, pour finir, les écailles du cône s’écarteront et les graines seront libérées ; comme elles sont munies d’une petite ailette, elles vont tourbillonner en l’air et se disperser à distance modérée de l’arbre initial.

Graines de pin - à la base d’une écaille en haut à gauche ; à droite, ailettes de dispersion

De nouveaux milieux (à condition d’être favorables quand même) pourront ainsi être colonisés.

Colonisation d’une ancienne carrière par semis naturel suite à la dispersion des graines de pin maritime

La forme et la taille des cônes est d’ailleurs un des critères qui permet l’identification des espèces de pins ; dans nos régions on observe surtout 2 espèces nettement prédominantes, à savoir le pin maritime (pinus pinaster) et le pin sylvestre (pinus sylvestris) .

Il arrive fréquemment que les deux espèces cohabitent, maritime à gauche, sylvestre à droite

Le pin maritime est en général plus haut (à âge égal) ; c’est aussi celui qui possède les aiguilles les plus longues, ainsi que les cônes les plus gros : les photos suivantes permettent de faire la comparaison.

Le pin maritime (à gauche) possède une silhouette plus élancée, avec moins de branches basses.

Les aiguilles du pin maritime ( à gauche ) sont nettement plus longues ; celles du pin sylvestre sont plus serrées et parfois vrillées ; sur la photo de droite, les aiguilles mortes sont en fait des aiguilles de pin maritime (pour comparaison).

Les écorces des 2 pins sont assez comparables dans la partie basse, mais celle du pin sylvestre devient nettement plus rouge (photo de droite) dans le 1/3 supérieur du tronc, ainsi que sur les branches latérales.

Cônes de pin sylvestre - pinus sylvestris à gauche, de pin maritime - pinus pinaster à droite

Au niveau de la grosseur de ces cônes, c’est largement du simple au double !
Le risque de confusion est donc relativement faible pour ces 2 espèces, mais il faut noter toutefois que le pin maritime possède une sorte de « sosie », possédant des cônes à peu près de même taille , et une silhouette un peu semblable (avec une forme plus « rondouillette » quand même), mais les aiguilles sont plus fines, et surtout groupées par 3 (et non par 2 comme le pin maritime) : il s’agit en fait du pin de Monterey (pinus insignis, appelé aussi pinus radiata)

Le pin de Monterey - pinus radiata, possède une silhouette massive et imposante


Aguilles plus serrées, gros cônes moins allongés que chez le pin maritime et souvent groupés par trois ou plus


De gauche à droite : cônes de pin de Monterey, de pin maritime et de pin sylvestre

Comme son nom l’indique, il nous vient d’Amérique du Nord (Monterey étant une ville de Californie) ; il a été introduit en Europe au siècle dernier, et le climat tempéré océanique lui convenant bien, il n’est pas rare de commencer à voir de beaux spécimens centenaires ici ou là (Larmor- Baden notamment).

Il n’est pas impossible de rencontrer quelques autres espèces ici ou là, notamment dans les parcs ou domaines privés, mais sans ressemage possible en général, comme le pin noir d’Autriche, ou le curieux pin Weymouth, etc…

Le pin Weymouth - pinus strobus un américain à la silhouette très élancée


Ses cônes sont arqués comme une banane

Comme les autres conifères, les pins constituent de bons abris pour les nuitées de beaucoup d’oiseaux, notamment les pigeons ramiers.

Le pigeon ramier - columba palumbus

Ils servent aussi à la reproduction de rapaces diurnes comme la buse variable, ou à certains corvidés comme la corneille noire. Ils sont aussi fréquentés par les mésanges (huppée notamment), par les roitelets, les grimpereaux, etc… Les pics les utilisent fréquemment pour y établir leurs loges (voir article sur les pics d’avril 2014), surtout si les arbres sont morts ou en mauvais état, et d’autant plus que le bois mort abrite des larves d’insectes xylophages (longicornes par exemple).

Ces troncs écorcés en « carte géographique » sont souvent le signe du passage du pic noir


Femelle de pic épeiche - dendrocopus major, devant sa loge établie dans un pin maritime mort après un incendie

De nombreux insectes y trouvent des sites favorables à leur reproduction ; l’exemple le plus connu est sûrement celui de la processionnaire du pin (voir article d’avril 2018 sur ce sujet), mais on peut aussi citer le sphinx du pin, etc…

Sphinx du pin - hyloicus pinastri

Les pins (maritimes surtout) ont été utilisés pour fixer les dunes (région landaise par exemple).

Plantation de pins maritimes en arrière-dune (Presqu’île de Rhuys)

Ils sont en effet bien adaptés aux sols acides et peu profonds, grâce à un système racinaire de surface, sans racines pivotantes comme en possèdent beaucoup de feuillus.

L’enracidement peu profond des pins les fragilise en cas de tempêtes

De croissance plus rapide que les feuillus, il ne faudrait pas toutefois que les conifères supplantent systématiquement ces derniers sous prétexte de rentabilité économique ! Et ce n’est pas gagné quand on sait que les « monocultures forestières » (en douglas notamment) sont en pleine expansion dans certaines régions !

La croissance des pins n’est pas toujours un long fleuve tranquille

Quizz :

Pour finir, un petit quizz sur les cônes des conifères présentés dans cet article ou celui de décembre 2016. Un peu d’aide : il y a 4 pins, 1 sapin, 1 épicéa, 1 araucaria, 1 cyprès, 1 séquoia, 1 douglas. Réponses dans le prochain article !

q 1


q 2


q 3


q 4


q 5


q 6


q 7


q 8


q 9


q10

Réponses au quizz sur les punaises :

Dans l’ordre : 1- punaise des baies, 2- corée marginée, 3- pyrrhocore aptère, 4- punaise verte, 5- punaise du genêt, 6- punaise à pattes rouges, 7- graphosome rayé, 8- genre miridé.

Textes et photos :

Yves THORON

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