LPO Morbihan

Janvier : utile en toutes saisons, le lierre

lundi 12 janvier 2015

Si on cherche un végétal capable de rendre des services à une foule d’animaux en toutes saisons, et particulièrement au cœur de l’hiver, c’est à coup sûr du côté de hedera helix (lierre grimpant) qu’on le trouvera.

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lierre grimpant ( hedera helix ) sur chênes

En effet, cette liane de la famille des araliacées est très loin de mériter le surnom de « bourreau des arbres » qu’on lui a parfois attribué !
En fait, s’il est vrai qu’elle grimpe aux arbres à grande vitesse (30 à 40 cm par an) en s’y cramponnant vigoureusement, elle a son propre système de nutrition avec ses propres racines, plus superficielles que celle des arbres, n’entrant donc pas en concurrence avec son support.

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les racines du lierre

Donc pas de parasitisme chez le lierre (comme le gui par exemple, voir article de janvier 2014), mais au contraire une association qui profite un peu à tout le monde, au lierre bien sûr qui y trouve un support idéal pour se développer et fructifier, mais aussi à l’arbre lui-même qui peut ainsi se trouver protégé de l’attaque des herbivores brouteurs, d’une humidité excessive ou encore d’un feu courant. Il n’y a guère que les jeunes arbres qui pourraient être gênés dans leur développement par un lierre à croissance plus rapide, ainsi que les fruitiers qui voient leur rendement diminuer dans des proportions variables.

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le gui : un autre bon fournisseur de baies en hiver

Mais le lierre est surtout utile pour une multitude d’espèces qui vont profiter du fait que ce végétal vit presque toute l’année en décalage au niveau saisonnier, par rapport à la grande majorité des végétaux de nos régions.
Déjà au niveau de la floraison qui survient en septembre-octobre, au moment où les autres plantes en sont au stade de la production de fruits ou de graines !

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abeille commune ( apis mellifera ) sur floraison de lierre

Ceci va être une aubaine pour un grand nombre de butineurs qui n’ont plus grand-chose à se mettre sous la dent (ou plutôt la trompe, ou la langue !) à cette époque ; il y a même une espèce d’abeille sauvage qui ajuste son cycle de vie pour être aussi au maximum de son activité à la même époque : il s’agit de colletes hederae (la collète du lierre) dont les membres vivent en bourgades dans des endroits sableux ;

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collète du lierre ( colletes hederae )

Chaque abeille vit (et pond surtout) dans un trou qu’elle perfore seule et dans lequel elle entrepose du pollen et du nectar qui serviront de nourriture au moment de l’éclosion des œufs ; une fois cet orifice colmaté, notre abeille profite encore un peu des derniers beaux jours, mais disparaît avant les premiers froids.

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femelle de colletes hederae à l’entrée de son terrier

Bien d’autres insectes profitent de cette floraison inespérée, notamment des diptères (mouches et syrphes), ou alors se contentent de se poser sur les feuilles luisantes et bien exposées, pour se recharger en calories : on peut d’ailleurs observer ce même comportement aux premiers beaux jours.

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un diptère ( du genre eristalis ) sur lierre en février

Et dès qu’arrivent les premiers froids, le lierre va servir d’abri à toute une foule de petites bestioles à la recherche d’un lieu d’hibernation : on peut citer pêle-mêle des cloportes, coccinelles, araignées, punaises, et même certains papillons qui hivernent à l’état adulte, notamment le citron (voir article de mars 2014). Le lierre peut aussi abriter des pontes, des larves, des chrysalides, etc…, autant de stades de développement nécessaires à la survie de ceux qui ne résisteront pas à la rigueur hivernale.

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un citron ( gonopteryx rhamni), sur cassis- fleur, après hivernation

Arrive fin décembre, et voilà que de belles baies noires apparaissent peu à peu aux extrémités des pousses de lierre : quelle aubaine pour les oiseaux frugivores que sont les merles et les grives, mais aussi les fauvettes, les geais, les pigeons, etc…

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grive musicienne (turdus philomelos) sur lierre en décembre

Cette production quasi-miraculeuse de fruits à cette époque va permettre la survie de bon nombre d’oiseaux (sédentaires et hivernants), mais aussi assurer la dissémination des graines du lierre, car les graines rougeâtres (à maturité) ne sont pas digérées et ressortent avec les fientes !

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femelle de merle noir (turdus merula), sur lierre en janvier

Au printemps et en été, le lierre pourra fournir de bonnes cachettes pour des nicheurs tels que les pigeons ou tourterelles, merles et grives, pinsons, etc…
Et nous les humains dans tout cela ?
Il est admis dans les milieux scientifiques que toutes les parties de la plante contiennent de l’hédérine, qui est une substance toxique si elle est consommée telle quelle (baies notamment) mais la pharmacopée l’utilise pourtant, car le lierre a des propriétés purgatives, antitussives et il est utilisé pour combattre les rhumatismes et l’arthrose ; il a en outre un bon pouvoir cicatrisant et peut être utilisé contre les piqûres d’insectes.
Dans la maison, on lui attribue des capacités de dépollution (contre benzène et formaldéhyde notamment). Enfin, le jardinier peut en faire un purin (ou une décoction) pour limiter les dégâts des aleurodes, pucerons et acariens !

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jeune lierre sur maison en voie d’abandon

Le seul reproche qu’on pourrait lui faire est de s’agripper aux murs des vieilles bâtisses et d’en déjointer les pierres (mais à contrario, certains cultivars sont utilisés dans l’ornementation des façades, tonnelles, etc…) Avouez que c’est bien peu, au regard de tout ce qu’il peut apporter pour le maintien de la biodiversité qui nous est si chère !

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lierre de bonne taille sur un vieux mur

Encore un détail concernant le feuillage, pour cet original qui n’aime décidément pas faire comme tout le monde ; en y regardant de près, on voit qu’il présente en fait 2 sortes de feuilles ! Les voici en photos : à vous d’aller voir sur le lierre le plus proche à quel (s) niveau (x) se trouve chaque sorte de feuille !

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Yves THORON


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