LPO Morbihan

Juillet-août : Les dragons volants de nos étangs

dimanche 27 août 2017

« Dragonfly » c’est le nom qui a été donné aux libellules dans la langue de Shakespeare, et ce n’est pas vraiment volé, tant il est vrai que ces insectes au vol puissant et gracieux peuvent aussi s’avérer être de véritables petits « dragons ailés » capables de capturer et de réduire en miettes d’autres insectes capturés en vol, puis déchiquetés par de puissantes mandibules.

Cet article ne va pas traiter de toutes les espèces de libellules ; quelques représentants du groupe ont déjà fait l’objet d’un article précédent (voir le sujet de juin 2013, ainsi que de celui de juin 2014…).

Ici, je présente quelques grosses espèces spectaculaires du groupe des anax et des aeschnes.

Anax empereur mâle (anax imperator)

Vous avez ici une des plus grosses libellules d’Europe ; l’anax empereur. Il est très répandu en Bretagne puisqu’il est présent sur la plupart de nos lacs et étangs (même de taille réduite) où il patrouille inlassablement à longueur de journée. En vol il se reconnaît facilement à son abdomen bleu un peu arqué. Il se pose assez rarement, sauf pour déguster une proie ou lorsque les conditions sont défavorables (pluie, manque de lumière).

Anax empereur, vue latérale

La femelle a un abdomen plus bigarré, mais elle possède un thorax vert comme le mâle.

Femelle posée

Il n’est pas rare de la voir se poser sur une zone un peu encombrée de plantes aquatiques pour y déposer un à un des centaines d’œufs.

Ponte en eau stagnante

L’éclosion survient quelques semaines plus tard, et on obtient donc une larve aquatique qui va muer à plusieurs reprises, passant l’hiver bien au chaud (façon de parler !) au fond de la mare en se nourrissant de diverses bestioles aquatiques. Et un beau jour (en juin le plus souvent) cette larve va sortir de l’eau et se transformer en imago, c’est-à-dire en adulte parfait, apte à voler, se nourrir, s’accoupler, etc… Ne reste plus sur la tige de végétation aquatique que l’enveloppe vide qu’on appelle exuvie.

Exuvie d’anax empereur

D’où l’utilité de conserver une bonne ceinture de plantes aquatiques autour des mares, étangs, etc.. ce qui est loin d’être toujours le cas !
Deux autres espèces d’anax peuvent être observés dans la région, mais de façon beaucoup plus rare ; il s’agit de l’anax napolitain, une espèce du Sud de la France, pour laquelle quelques individus semblent avoir des « idées de voyage »,

Mâle d’anax napolitain (anax parthenope)

Mais il n’est pas certain que l’espèce se reproduise dans nos contrées ; affaire à suivre quand même ; les mâles se reconnaissent à leurs beaux verts, un thorax marron (idem pour la femelle) et un bel anneau bleu (appelé selle) au début de l’abdomen.

L’autre espèce est plus rare encore, puisque quelques individus migrateurs sont observés de façon très sporadique certains étés, dans des secteurs côtiers surtout, comme le mâle ci-dessous photographié à la réserve naturelle de Séné en 2011.

Mâle d’anax porte-selle (hemianax ephippiger)

Ici on a une tache bleue semblable à l’espèce précédente mais les yeux sont de couleur miel, et non vert bouteille.
Les aeschnes sont pour la plupart, dans les mêmes tailles (un peu inférieures parfois) et les mêmes teintes (bleu-vert souvent) que les anax. Les 5 espèces présentes dans l’Ouest sont assez bien réparties dans le temps, depuis avril-mai jusqu’en octobre-novembre.

La première espèce à apparaître est l’aeschne velue printanière, dont la période de vol se situe surtout en mai-juin.

Aeschne velue printanière (brachyton pratense mâle)

Peu courante, elle fréquente les abords de rivières lentes ou des eaux stagnantes (de type marais) à végétation rivulaire importante. Comme son nom l’indique, elle se reconnaît à son importante pilosité (thorax surtout) et au manque d’étranglement au départ de l’abdomen, ce qui la distingue des autres aeschnes (genre brachyton et non aeshna).

Aeschne velue femelle, la pilosité est bien apparente

Il faut pratiquement attendre juillet pour les 3 espèces suivantes, avec une période de vol qui peut se prolonger en automne, notamment pour mixta.

L’aeschne bleue n’est pas forcément bien nommée puisqu’on la reconnaît, en vol notamment, à sa couleur de dominance verte, mais il y a de jolies taches bleues sous l’abdomen des mâles, ainsi que sur les derniers segments (et les yeux des mâles adultes sont bleus aussi).

Aeschne bleue (aeshna cyanea mâle mature)

Autre mâle vu de côté

Cette espèce patrouille dans plusieurs types de milieux : étangs et mares, mais aussi chemins, landes, etc…

Les femelles sont plus massives et un peu plus ternes, mais on retrouve les larges bandes thoraciques jaunes ou verdâtres, selon le degré de maturité de l’individu (plus vertes avec l’âge).

Femelle immature d’aeschne bleue

L’aeschne affine a beaucoup d’admirateurs ! Il faut dire que c’est justifié quand on voit ses yeux d’un bleu ciel extrêmement lumineux et tout son assortiment de couleurs thoraciques et abdominales

Mâle d’aeschne affine (aeshna affinis)

Mais l’espèce ne fréquente que les marais roselières, queues d’étangs, avec une préférence pour des zones ayant des eaux légèrement saumâtres ; les photos proviennent de la queue du marais de Pen-en-Toul (commune de Larmor-Baden). La femelle, comme souvent chez les odonates, a nettement moins d’éclat !

Femelle d’aeschne affine

L’aeschne isocèle est rarissime dans le département, en étant de moins en moins observée, ce qui ne manque pas d’inquiéter les spécialistes des libellules ; voici un individu immature vu dans le Nord de la France.

Aeschne isocèle (aeshna isoceles)

C’est une très belle espèce à corps marron, avec de beaux yeux verts (sexes assez semblables).
L’aeschne mixte est, par contre, largement répandue pour le peu que les plans d’eau qu’elle fréquente, possèdent une bonne ceinture de roseaux, typhas, carex, etc…

Aeschne mixte (aeshna mixta)

Mais elle est plus tardive que ses cousines : elle n’apparaît guère avant le début août, mais il est fréquent de la rencontrer encore en octobre, voire début novembre si le temps ne se refroidit pas trop… Voici un bien joli couple !

Copulation chez aeshna mixta

Curieusement, la femelle ne pond pas dans l’eau, mais dans la partie non immergée d’une tige de plante aquatique ;

Femelle d’aeshne mixte en ponte

Les larves seront quand même aquatiques, comme chez toutes les libellules, car on suppose que les larves descendent dans l’eau après l’éclosion des oeufs.
Cette espèce est un peu plus petite que les précédentes, mais elle est bien lumineuse également ; les taches jaunes du thorax ( derrière la tête ) sont nettement plus réduites que chez l’aeschne bleue par exemple ( laquelle est plus verte que bleue d’ailleurs : allez comprendre ! )

Mâle d’aeschne mixte en vol

Enfin, une dernière espèce , qui ne se rencontre pratiquement qu’à partir de mi-juillet aussi, et qui s’observe en train de chasser le long des rivières lentes : c’est l’aeschne paisible.

Aeschne paisible (boyeria irene)

Les 2 sexes sont semblables et se reconnaissent à leurs yeux verts , et l’alternance des bandes vertes et sombres sur l’abdomen .Curieusement, les exuvies se trouvent assez souvent sous les ponts.

Exuvie d’eschne paisible récupérée sous un pont

Forcément, pour s’y retrouver dans ce joli petit monde, il faut un peu (et même beaucoup !) de pratique sur le terrain, en s’armant souvent de patience, et en s’équipant d’une bonne paire de jumelles, ce qui évite souvent la capture au filet.
Pour un peu d’entraînement, un petit quizz pour terminer : comme le sujet est un peu ardu, je n’ai mis que les espèces les plus courantes, avec 4 mâles et 2 femelles. (En portfolio)
Réponses dans un prochain sujet, comme d’habitude !

Réponses pour le quizz sur les piéridés (article d’avril 2017) :

1 – aurore (femelle)
2 – souci
3 – piéride du navet
4 – citron (mâle)
5 – aurore (mâle)
6 – piéride du lotier
7 - piéride du chou (femelle)
8 – citron (femelle)
9 – piéride des biscutelles
10 – piéride de la rave

NB – retrouvez toutes ces espèces , ainsi que beaucoup d’autres, dans « l’atlas des papillons de jour de Bretagne » (éditions Locus Solus), qui vient de sortir.


Portfolio

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