LPO Morbihan

Les lichens, ou l’art de vivre à deux

mardi 7 février 2017

Les lichens sont présents sur une grande variété de supports : troncs d’arbres, rochers, objets insolites parfois ; mais qui sont-ils vraiment ?

Avant d’aller plus loin, quelques précisions sur les végétaux qui sortent un peu de l’ordinaire , et que l’on rencontre sur les supports en question justement.

Sur cette photo (tronc de chêne), on reconnaît aisément une touffe de mousse (partie de droite), avec ses petites feuilles vertes ; donc, pour se nourrir, ce végétal fonctionne comme toutes les plantes vertes à chlorophylle : il fait de la photosynthèse, c’est-à-dire qu’il est autonome au niveau nutrition, en captant l’eau, les sels minéraux, et le CO2 de l’air ; il transforme le tout en éléments vitaux de façon à grandir, se reproduire, etc…
On voit tout de suite que le lichen (à gauche) n’a pas la même constitution, donc pas la même nutrition non plus : nous allons y revenir plus loin.

Ici, on a encore de la verdure sur ce support, mais ce n’est pas de la mousse : un examen au microscope nous montrerait des cellules vertes isolées, ou raccordées pour constituer des filaments : donc, on est en présence d’une algue ! Bien sûr, pas une algue du type goémon qu’on a sur nos côtes bretonnes, mais plutôt type algue d’eau douce (beaucoup d’espèces possibles), cette algue est également autonome au niveau nutrition puisqu’elle contient de la chlorophylle, à condition quand même d’avoir en permanence un minimum d’humidité à sa portée, ce qui est déjà limitant au niveau des supports, de l’orientation géographique, etc…

Sur ce rameau d’ajonc (dans une lande), on observe un autre « végétal » (mot à prendre avec précaution), bien différent des précédents, puisqu’il ne possède pas de chlorophylle : c’est un champignon, appelé trémelle mésentérique (tremella mesenterica) ; ne pouvant réaliser de photosynthèse, il n’est donc pas autonome au niveau de sa nutrition ; il utilise en fait les éléments du support sur lesquels il vit (bois mort dans le cas présent), participant ainsi à sa décomposition ; c’est aussi le cas de beaucoup de champignons dans la nature, même si certains poussent parfois sur des éléments vivants…

Sur ce rocher bien exposé au soleil, les conditions de vie sont très défavorables pour les végétaux cités précédemment, notamment pour l’algue et le champignon ; alors pourquoi ne pas tenter de faire alliance (on parle alors de symbiose) pour survivre en colonisant des milieux difficiles !
Et c’est ce que fait le lichen, association à bénéfice réciproque (gagnant-gagnant pour employer une expression à la mode) entre une algue et un champignon (mais pas forcément ceux présentés ci-dessus, car il y a plusieurs espèces concernées). Le schéma ci-dessous montre ce qu’on verrait en réalisant une coupe transversale dans une épaisseur de lichen (type lichen des troncs d’arbres).

1 – cortex (ou couche) supérieur ; 2 – couche avec algues (points verts) ; 3 – filaments mycéliens (champignon) ; 4 – cortex inférieur ; 5 – rhizine (fixation au support, pour ce type de lichen).

L’eau nécessaire à l’algue est retenue par les filaments du champignon, et cette algue restitue des substances carbonées issues de la photosynthèse, mais il y a aussi des échanges de minéraux, de vitamines, etc…
Comme on n’a ici ni tige, ni véritables feuilles, ni racines, on dit que les lichens sont constitués d’un thalle.
Il y a plusieurs modes de reproduction pour ce végétal peu ordinaire ; la plus simple consiste à ce qu’un petit morceau de lichen se détache et se fixe sur un support peu éloigné de la « plante-mère » ; mais plusieurs espèces de lichens utilisent un mode de reproduction comparable à celui des champignons, à savoir une production de spores.

Sur cette photo (agrandie) on distingue des sortes de petites coupelles appelées apothécies : c’est là que sont produites les spores, cellules microscopiques ultra-légères, qui seront ensuite dispersées par le vent, et ceci sur des longues distances parfois ; mais pour obtenir un lichen de la même espèce, il faudra de nouveau faire alliance avec une algue, de la bonne espèce, mais ces algues sont très abondantes aussi, notamment par temps humide, se multipliant très vite parfois.

Cette photo montre plusieurs espèces de lichens sur un même support ; on en compte plus de 20000 dans le monde, environ 2400 en France, dont environ 700 pour l’Ouest du pays. Il faut bien dire que la détermination est difficile et concerne des spécialistes (lichénologues) qui doivent parfois utiliser des réactifs chimiques pour les identifier. Ici, on se contentera donc de citer quelques genres (familles), lorsque cela est à peu près évident. Il est habituel de regrouper des espèces de lichens d’après leur allure générale et leur mode de fixation sur leur support : on peut ainsi distinguer 3 catégories principales, mais certains auteurs en ajoutent 1 ou 2 autres de plus (pour des espèces plus complexes).

Sur ces photos, les lichens semblent incrustés dans leur support : c’est pourquoi on parle de lichens crustacés ; ce groupe est très bien représenté en Bretagne, notamment sur les vieilles pierres (édifices religieux, calvaires, murets, etc…) ; ils appartiennent souvent au genre Lecanora, et comptent beaucoup d‘espèces assez ressemblantes. La photo suivante montre 2 lichens crustacés différents, dont un avec des apothécies productrices de spores.

On trouve aussi fréquemment ce type de lichen sur affleurements rocheux (landes, zones côtières, etc…) ; ces lichens très résistants à tous types de pressions ont la capacité (à très faible vitesse) de dégrader les éléments constitutifs de la roche, libérant ainsi des minéraux (sorte de poussières) qui permettront à d’autres végétaux de s’implanter sur ces supports difficiles ; sur la photo suivante, on remarque des coussinets de mousses qui s’installent sur un rocher colonisé par plusieurs espèces de lichens ; c’est pour cette raison qu’on parle d’espèces pionnières à propos des lichens.

Sur cette branche tombée par terre (photo suivante), on distingue aussi des lichens, avec un aspect moins appliqué au support, et plus ondulé (notamment en bordure) : ce sont des lichens foliacés ; ils sont fixés à leur support par quelques rhizines (voir le schéma plus haut), mais ces éléments de fixation ne jouent en aucune façon le rôle de racines !

Ce type de lichen est très abondant sur les troncs d’arbre (chênes notamment) , avec les genres parmélia et physcia surtout ; certains sont de détermination plus faciles, comme par exemple les xanthories qui sont orangées (photo suivante à gauche), ou les peltigères qui ont de larges lobes et qui sont souvent au sol dans des endroits herbeux (photo de droite)

Il existe aussi des lichens qui ont plus ou moins la forme de rameaux (photo ci-dessous) : c’est le groupe des lichens fruticuleux.

Une espèce est particulièrement abondante chez nous sur les prunelliers, en zones côtières notamment : il s’agit justement de l’évernie du prunier (evernia prunastris) ; c’est particulièrement évident en hiver quand les arbres n’ont plus de feuilles…

Toujours en zones côtières, sur les rochers littoraux , se développent les ramalinas ; ils ressemblent à des algues séchées (ce sont les filaments gris sur la photo suivante) : il est vrai qu’on est tout près de la zone (estran) où se développent ces algues, mais sans champignons cette fois !

A noter que les oiseaux qui piétinent les rochers côtiers participent à la dissémination des lichens, en même temps qu’ils enrichissent le substrat par leurs déjections ou divers substances présentes sous les pattes ; pour identifier les limicoles ci-dessous, voir l’article « petites bécasses de nos côtes ».

Puisqu’on parle d’oiseaux, on peut noter que plusieurs espèces utilisent les lichens pour la construction de leur nid : c’est notamment le cas du pinson des arbres , ainsi que plusieurs autres passereaux (linottes, roitelets, etc…), mais surtout du nid très artistique de la mésange à longue queue.

Les lichens servent même de nourriture à un certain nombre de mammifères herbivores : les plus connus sont sans doute les ruminants des toundras (rennes, caribous, élans) ; les lichens consommés appartiennent surtout au genre cladonia, genre qui est présent chez nous, notamment sur les dunes grises, ainsi que localement dans certaines landes de l’intérieur.
Voici 2 espèces de cladonies :

Quelques représentants du genre ont de bien curieuses apothécies, mais elles ne sont pas visibles toute l’année :

Toujours dans ce groupe des fruticuleux (bien qu’un peu plus complexes, comme les précédents d’ailleurs), on peut citer les usnées, aux ramifications d’une grande finesse :

Voici 2 exemples de papillons « malins » qui utilisent les lichens comme bon moyen pour passer inaperçu dans leur environnement (mimétisme) ; ce sont 2 espèces de landes sèches, crêtes rocheuses, etc...

L’agreste (hipparchia semele)


Le faune (hipparchia statilinus)

Pour être (un peu) plus complet, il faut ajouter que les lichens sont considérés comme de bons indicateurs de pollution ; certains sont en effet sensibles aux polluants (urbains notamment) et se retrouvent donc relégués dans les zones plus saines (en altitude notamment), ou carrément menacés de disparition ; ce sont donc des éléments importants de l’écosystème, qu’il convient de sauvegarder au même titre que toutes les espèces animales ou végétales de notre planète !
Pour terminer, quelques gros plans sur des curiosités « lichéniques », juste pour montrer que la beauté des choses se trouve là où on ne l’attend pas forcément !

1- De la déco sur les murs de l’église :

2-De la déco sur les branches mortes :

Sur cette dernière photo, les traits sombres sont encore des apothécies, mais très allongées : on les nomme alors lirelles, et le lichen qui les produit appartient au genre graphis, ce qui n’a rien d’étonnant quand on connaît l’origine du mot (graphos = écriture, en grec)

On finit par un petit quizz : pour chacune des photos suivantes, il faut dire quel type de végétal elle représente : algue, champignon ou lichen (réponses dans le prochain article)

Quizz - Photo 1


Quizz - Photo 2


Quizz - Photo 3


Quizz - Photo 4


Quizz - Photo 5


Quizz - Photo 6


Quizz - Photo 7


Quizz - Photo 8


Quizz - Photo 9

Réponses du quizz de décembre (sur les sapins) :
De gauche à droite, on avait un épicéa, un cyprès, un sapin et un pin (maritime).

Texte et photos : Yves THORON

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