LPO Morbihan

Mai : le beau mariage du grèbe huppé

vendredi 31 mai 2013

Le beau mariage du grèbe huppé

Oiseau des lacs et des étangs, sauf en hiver où il fréquente aussi les côtes océaniques, le grèbe huppé est un as de la séduction dès qu’arrive le moment de la reproduction ; en effet, dès la fin de l’hiver, la tête des futurs époux s’orne d’une belle collerette rousse du plus bel effet : la parade nuptiale va pouvoir commencer, et celle-ci est vraiment élaborée et spectaculaire !
Une des figures les plus fréquentes consiste à ce que les deux partenaires se font face l’un à l’autre en dressant leur cou ; parfois, toujours dans cette position, ils se mettent à tourner la tête d’un côté puis de l’autre, tout en émettant des petits cris ; les offrandes sont fréquentes : le mâle (et aussi la femelle parfois) plonge vers le fond pour ramener une becquée de plantes immergées ; ah, que voilà de bonnes manières, diront certains (et surtout certaines !).
Il y a aussi des semblants de joutes sur l’eau, ou sous l’eau, le tout ayant sans doute pour but de solidifier le couple.
Car en effet, après quelques accouplements, il va y avoir de quoi faire, à commencer par la construction d’un nid.
Nos deux compères étant particulièrement patauds pour se déplacer au sol, avec leurs pattes placées très en arrière du corps (mais c’est idéal pour la propulsion sous l’eau), le nid sera donc construit… sur l’eau ! Closion_1 En effet, ce sera un nid flottant, plus ou moins ancré tout de même dans les roseaux ou nénuphars, mais vraiment flottant, ce qui occasionne forcément quelques échecs , mais j’ai vu un couple recommencer 3 fois tout le processus, et finir par y arriver !.
Les matériaux sont forcément des plantes aquatiques, qui vont s’entasser au fil des jours, se compacter et même commencer à se décomposer en fin d’incubation mais qu’importe, la ponte sera relativement bien protégée des prédateurs (terrestres en tous cas), et le bec de nos 2 compères est assez dissuasif !
L’incubation des œufs (de 3 à 5 en moyenne) dure environ 28 jours ; à l’éclosion, les oisillons curieusement bigarrés de blanc et de noir, sont capables de nager dans les heures qui suivent, mais ils préfèrent se mettre à l’abri ; bien au chaud dans les plumes de leurs parents, et il n’est pas rare de voir pointer de petites têtes sur le dos de la femelle qui nage, pendant que le mâle se met déjà en charge de ramener quelques tout petits poissons, car l’espèce est essentiellement piscivore, mais les premières becquées sont surtout constituées de … plumes ( du duvet .que les parents récupèrent dans leur propre plumage) !
Le nourrissage dure au moins un mois, mais sur la fin, il peut parfois se produire un événement curieux : voilà que notre couple se sépare, chacun des partenaires emmenant avec lui un ou deux jeunes pas encore autonomes ! Cela peut sembler décevant si l’on s’en tient à des considérations purement anthropomorphiques, mais il y a probablement une bonne raison à cela, ne serait-ce que de sauver au moins une partie de la progéniture en cas de pépin. Et toujours dans ce même ordre d’idée, il faut savoir aussi que le poussin qui naît le premier (il naît avant les autres car l’incubation commence dès le 1er œuf pondu) a davantage de chances de survie que ses cadets : la morale n’est sans doute pas le point fort de bien des animaux, mais la survie de l’espèce demande parfois ce genre de sacrifices.
Rassurez-vous, dans le cas des grèbes, tout se passe bien dès lors que le lac est suffisamment riche en ressources alimentaires, et l’espèce se porte plutôt bien globalement.
les photos qui accompagnent ont toutes été prises au parc de sculptures contemporaines de Kerguéhennec, sur la commune de Bignan. De façon générale, il faut éviter de faire des photos de nids, œufs, etc , pour ne pas déranger les oiseaux pendant les nidifications ; ici, le nid était à 3m du sentier bordant le plan d’eau, avec du passage de joggers, promeneurs (souvent avec chiens), etc… ; et pour autant, le couple a réussi à conduire son incubation sans problème, et élever au moins 2 poussins !
Donc, je me suis autorisé quelques petites transgressions de 10mn pour les photos du grèbe au nid, ce qui n’a rien changé dans la suite, bien sûr.
Le tout est d’avoir une bonne connaissance de la situation présente, mais certaines espèces ne tolèrent pas le moindre dérangement, donc pas de risque inutile, d’autant plus que la loi prévoit des amendes en cas de préjudice avéré.
Yves THORON

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