LPO Morbihan

Mars - Avril : la grande procession

mardi 17 avril 2018

La procéssionnaire du pin (thaumetopoea pityocampa)

Du classique en Bretagne, me direz-vous, ces grandes processions paroissiales, destinées à honorer tel ou tel saint, ou à obtenir d’éventuelles grâces providentielles, etc. Ici, ce n’est certes pas la Grande Troménie de Locronan, mais toutes proportions gardées, ça y ressemble un peu, vu le nombre d’individus parfois concernés, mais aussi le lien fort qui les unit lors de ce mystérieux périple !

En fait, le mystère est en grande partie levé de nos jours, car on connaît en effet très bien les étapes essentielles de la vie de cette chenille, puisque c’est bien d’elle qu’il s’agit ici, à savoir la processionnaire du pin.

Et qui dit chenille dit forcément papillon ! Et en effet, ces chenilles voyageuses ne sont qu’une étape du cycle reproductif d’un papillon de nuit :

La procéssionnaire du pin (thaumetopoea pityocampa)

Il n’est pas très spectaculaire, comme beaucoup de ses congénères nocturnes, qu’on appelle aussi hétérocères, contrairement aux papillons de jour (les rhopalocères) : le tout constituant la grande famille des lépidoptères (ce qui signifie « avoir les ailes recouvertes d’écailles »).

Alors, comme c’est un cycle, il faut bien commencer par quelque part : pourquoi pas par les chenilles justement ?

En fait, les chenilles qu’on voit en ce moment toutes à la queue-leu-leu, ne sont que la dernière étape de la croissance (après plusieurs mues) de plus petites chenilles qui se sont développées auparavant dans une sorte de nid soyeux.

Ces nids sont bien visibles en hiver à l’extrémité de branches de pin (pin maritime le plus souvent, car le pin sylvestre est très peu touché) ; d’ailleurs, à y regarder de plus près, les aiguilles de pin ont été bien rongées à proximité du nid, ce qui suppose que notre bestiole possède de sacrées mandibules !

Précisons tout de suite que l’arbre n’est nullement mis en danger, même s’il est ainsi privé d’une partie des aiguilles de quelques branches ; à moins bien sûr d’une invasion spectaculaire de centaines de nids par arbres, ce qui est rarissime (ou alors sur des variétés de pins non adaptés à une région).
Il faut évidemment ajouter que tous ces papillons de nuit ont toute leur place dans les chaînes alimentaires, servant notamment de nourriture à beaucoup d’animaux nocturnes (chauves-souris notamment), lesquels effectuent une régulation importante sur les populations de papillons, limitant ainsi les nids et les chenilles.
Donc, une fois leur croissance terminée (mars-avril en général), les chenilles issues d’un même nid vont descendre de leur perchoir, à la queue-leu-leu, en maintenant un contact physique entre elles, pour se mettre à la quête d’un endroit favorable pour passer à l’étape suivante.

Regroupement avant de s’enfouir

Et, l’étape suivante, c’est la nymphose, c’est-à-dire la transformation de la chenille en nymphe ; pour les papillons de jour, c’est la chrysalide.

Chrysalides de piérides du chou obtenues en élevage

Et ici, c’est du même style, sauf que cela se passe dans le sol ; nos chenilles, par petits groupes, vont donc s’enterrer pendant plusieurs semaines pour cette étape délicate à la fin de laquelle de jeunes adultes (qu’on appelle imagos) apparaîtront, à l’issue d’une dernière métamorphose.

Enfouissement en cours

Aussi bien à l’étape de larves (les chenilles) qu’au stade nymphal il y a plusieurs oiseaux capables d’exercer une prédation sur les processionnaires, notamment le coucou gris, les mésanges, pies et geais, et aussi la huppe fasciée qui excelle dans la recherche de bestioles enfouies dans le sol, grâce à un bec particulièrement adapté.

Prédation (cause indéterminée) sur chenilles au stade nymphal

Pour terminer le cycle, il ne reste plus à nos imagos (mâles et femelles) à folâtrer un peu pendant les belles nuits d’été, à s’accoupler, et voilà la femelle prête à pondre une centaine d’œufs (entre 70 et 220) aux extrémités d’une branche de pin, et disposés en manchon autour des aiguilles. A leur éclosion (août-septembre), ces œufs vont donner naissance à des petites chenilles qui vont se tisser un nid de soie bien douillet, en prévision des froides journées d’hiver. Il y aura 5 stades larvaires pendant lesquels les chenilles vont muer et consommer des aiguilles de pin en sortant du nid comme elles peuvent (activité plutôt nocturne) et en y retournant dès que les conditions sont défavorables. L’hiver passé, les chenilles sont au stade 5 et la longue procession peut se remettre en place.

Il arrive que ce cycle puisse s’étaler sur plusieurs années dans certaines conditions d’environnement particulières.

Procéssionnaire du chêne (thaumetopoea processionea)

La processionnaire du chêne (photo ci-dessus) a un développement qui passe par les mêmes étapes, sauf que l’hiver se passe sous forme d’œufs et non de chenilles, et surtout qu’on ne les voit jamais en procession au sol, car les chenilles se transforment en nymphes (qui ressemblent à des cocons) à l’intérieur du nid, qui lui, est en général plaqué contre le tronc de l’arbre.

Le terme de processionnaire n’est pas usurpé pour autant, car les chenilles se déplacent aussi en procession sur les branches d’arbres, à la recherche de leur nourriture.

Procéssionnaire du chêne (thaumetopoea processionea)

Au vu des longs poils urticants (un mode de défense, en fait), il semble évident de rappeler que tout contact direct est à éviter avec ce genre de bestioles, lesquelles sont tout à fait inoffensives par ailleurs.

Le but de ce genre d’articles n’est pas de parler de traitement ou de destruction des nids ou des chenilles ; mais s’il doit y avoir destruction (cas extrêmes seulement), il existe des solutions autres que l’utilisation de produits nocifs pour l’environnement, notamment le piégeage sur les troncs, mais encore une fois, essayons d’avoir une vision globale au sujet de la biodiversité, en considérant bien la nécessité de conserver les espèces locales.

Textes et photos :
Yves THORON

Accueil | Contact | Plan du site

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Les infos de la biodiversité  Suivre la vie du site Les 12 mois de la biodiversité   ?

Creative Commons License