LPO Morbihan

Octobre : oh ! punaises...

samedi 6 octobre 2018

Les insectes qu’on appelle punaises ont une caractéristique commune : leurs ailes rigides (les élytres) se terminent par une partie membraneuse moins rigide, ce qui fait qu’on les classe dans les hétéroptères ; ceci ne les empêche nullement de voler, puisqu’ils possèdent en-dessous une autre paire d’ailes (membraneuses aussi) qui se déplient au moment du vol, augmentant ainsi la surface portante.

Sur cette espèce on repère bien la partie membraneuse en gris au bout des ailes

Bien entendu, il y a plusieurs familles, avec des formes et des couleurs différentes, mais elles ont aussi en commun de posséder un corps aplati, des antennes composées de 5 articles maximum, ainsi que des glandes odoriférantes qui sont activées dès que le danger se précise.
On compte environ 2000 espèces d’hétéroptères en France, mais dans ce nombre, il faut inclure les punaises de lits (parasites du genre Cimex), ainsi que les punaises aquatiques (nèpes, ranâtre, notonectes, gerris, etc…)

Les gerris sont en fait des punaises aquatiques

Sur les plantes, les punaises se nourrissent surtout de sève, car elles disposent d’un rostre, sorte de seringue qui perce les tiges, feuilles, graines, etc… Mais elles peuvent aussi s’en servir pour percer la carapace d’autres insectes (cadavres notamment).

On distingue nettement le rostre situé entre les pattes antérieures

On peut commencer par les pyrrhocores, encore appelés « gendarmes », mais qui devraient plutôt s’appeler « pompiers » (pyrrhos = feu), sûrement en rapport avec leur couleur rouge et noire…

Pyrrhocore aptère ou gendarme - pyrrhocoris apterus

Cette espèce se rencontre dès les premiers beaux jours, prenant le soleil au pied des arbres (tilleuls notamment) ou sur les pierres, les murets, etc…

On peut observer ce genre de regroupements toute l’année ici fin septembre

Il faut dire que la plupart des punaises passent l’hiver à l’état adulte, engourdis dans un endroit abrité des intempéries ; elles ont besoin de lumière et de chaleur pour se remettre en activité en fin d’hiver ; les pyrrhocores peuvent être observés une bonne partie de l’année, et semblent avoir une petite préférence alimentaire pour les plantes de la famille des mauves.

Copulation de pyrrhocores sur mauve en septembre

Pour se reproduire, les punaises pondent des œufs sous les feuilles, mais aussi parfois dans la litière ; à l’éclosion, on obtient des larves plus ou moins ressemblantes aux adultes, qui grandissent par mues (5 stades en général)

Larve de pyrrhocore dernier stade

Quelques autres espèces ont ces mêmes couleurs, mais avec d’autres dessins, ce qui permet de les différencier La photo suivante montre une petite espèce qui hiverne dans les tas de bois, ou sous les écorces.

Autre espèce proche de la précédente melanocoryphus superbus se chauffant au sortir de l hiver

Cette autre petite espèce, aussi appelée punaise de la jusquiame ne dégage pas d’odeur caractéristique, mais on suppose que son ornementation suffit à dissuader les prédateurs.

Punaise de la jusquiame - corizus hyoscyami

Ces 3 espèces n’appartiennent pas vraiment à la même famille, et c’est encore moins le cas pour la suivante, bien qu’elle soit également rouge et noire.

La punaise arlequin ou graphosome rayé - graphosoma italicum

Cette punaise est plus « ronde » que les précédentes et se rencontre plutôt sur les ombellifères, dont elle aspire la sève. On l’appelle aussi punaise arlequin à cause de ses rayures dorsales mais en face ventrale, on distingue des points noirs sur fond rouge (et non pas des rayures).

Accouplement de punaises arlequin avec vue ventrale

Elle se cache facilement dans les ombelles des carottes sauvages, au moment où l’ombelle se referme, à la formation des graines. Ceci montre bien l’utilité de conserver des plantes sauvages dans notre environnement.

Punaise arlequin sur carotte sauvage

Autre espèce courante , qui n’a pas son pareil pour passer inaperçue , en se cantonnant sur des feuilles sèches ,ou plus ou moins brunes : la corée marginée (coreus marginatus) ; elle se nourrit de sève et de graines de plantes comme les rumex, les renouées, etc …

mais on la rencontre aussi sur des fruits (mûres notamment)

Larve de corée marginée

en principe, c’est la seule espèce de sa famille (coréidés) dans nos régions , mais on commence à trouver une nouvelle espèce (une invasive donc), notamment sur les murs de nos maisons, cherchant un abri pour la mauvaise saison : il s’agit de la punaise américaine du pin.

Punaise américaine du pin - leptoglossus occidentalis

Comme son nom l’indique, elle nous provient d’Amérique , et elle vit plutôt sur les conifères, parvenant notamment à en percer les graines avec son rostre très puissant.

La famille des pentatomidés est assez vaste, et regroupe pas mal d’espèces de détermination parfois délicate. Elle comprend notamment les punaises vertes du genre palomena, avec une espèce très courante dans nos régions : palomena prasina

La punaise verte palomena prasina sortie printanière

Comme ses cousines , elle est inoffensive pour les humains ; elle se nourrit de la sève des plantes , mais pas en quantité suffisante pour les affaiblir.

Même espèce en automne

Il n’est pas rare de trouver des larves de cette espèce sur diverses plantes communes.

Larve de punaise verte

Cette famille peut présenter des variations de couleur assez marquées tout au long de l’année : en voici une bonne illustration avec une espèce qu’on rencontre assez facilement dans nos landes bretonnes, à savoir la punaise du genêt (piezodorus litturatus) ; les 4 photos suivantes représentent la même espèce , à différents moments de l’année ; mais il y a tout de même quelques constantes de l’une à l’autre (à vous de les découvrir : réponses juste avant le quizz)

Punaise du genêt 1

Punaise du genêt 2

Punaise du genêt 3

Punaise du genêt 4

A noter quand même que cette espèce est plus couramment observée sur l’ajonc que sur le genêt !
Autre espèce de la même famille assez courante aussi : la punaise des fruits (ou des baies) ; il semble qu’elle soit davantage frugivore que les précédentes, en fréquentant justement des arbustes à baies (type prunellier) ; en fait, elle est très éclectique pour son alimentation , ainsi que pour ses habitats d’ailleurs.

Punaise des baies - dolychoris baccarum

Punaise des baies sur feuilles laineuses de bouillon blanc

IL y a d’autres pentatomidés plus ou moins courants dans la région, et différents selon les milieux ; les 2 exemples suivants montrent que la distinction n’est pas toujours aisée !

carpocoris purpureipennis - punaise à pattes rouges

carpocoris mediterraneus atalanticus - pentatome méridional

Tous ces insectes ne sont pas bien grands , mais le groupe qui comporte les plus petits individus est sans doute celui des miridés. Ils sont observés sur les fleurs printanières, ayant une génération plus courte que d’autres familles.

calocoris norwegicus

deraeocoris ruber

Moins connus que d’autres groupes, il y a pourtant davantage d’espèces que chez les pyrrhocores, les pentatomes, etc…

Les punaises sont de jolis insectes, mais elles n’ont pas toujours bonne presse, à cause de leur odeur, de supposées nuisances aux plantes, de tendances parasitaires (punaises des lits par exemple), etc…
Mais ne perdons pas de vue qu’aucune espèce n’est inutile, notamment pour son rôle dans les chaînes alimentaires ; souvent peu farouches, elles se laissent facilement admirer, et doivent donc faire l’objet de toute notre attention, en évitant notamment toute idée de destruction pour les espèces sauvages.

Points communs des 4 photos pour la punaise du genêt :

  • des points noirs plus marqués que pour la punaise verte (palomena prasina)
  • antennes entièrement rougeâtres (sauf extrémité un peu plus sombre à certains moments de l’année)
  • zone grisâtre avec bordure jaune, de chaque côté de l’abdomen

Autres espèces, plus ou moins courantes suivant les milieux :

Acanthosoma haemorrhoidale - la punaise ensanglantée


Aelia acuminata - la punaise des céréales


eurydema oleracea - la punaise potagère ou punaise du chou


raphigaster nebulosa - la punaise grise ou nébuleuse

QUIZZ :

Le sujet est un peu plus difficile, donc je fais 2 propositions pour chaque photo ; réponses dans prochain article !

Quizz 1 : Punaise arlequin ou punaise des baies ?

Quizz 2 : Corée marginée ou punaise du genêt ?

Quizz 3 : Punaise de la jusquiame ou pyrrhocore aptère ?

Quizz 4 : Punaise du genêt ou punaise verte ?

Quizz 5 : Punaise du genêt ou punaise ensanglantée ?

Quizz 6 : Pyrrhocore aptère ou punaise à pattes rouges ?

Quizz 7 : graphosome rayé ou punaise ensanglantée ?

Quizz 8 : Punaise du genre coréidé ou du genre miridé ?

Textes et photos :

Yves THORON

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